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janeiro 12, 2005

Le manque criant de coordination de l'ONU

[Fonte:Le Temps]
Les Nations unies, incapables de bien coordonner l'assistance aux rescapés du tsunami, pourraient bien essuyer quelques critiques ce jeudi au sommet de Djakarta. Une délégation européenne a fait escale hier à Banda Aceh, à Sumatra, avant de se rendre dans la capitale indonésienne.
En un tour de chauffe avant le sommet de Djakarta ce jeudi, le commissaire européen au Développement, le Belge Louis Michel, et le ministre luxembourgeois chargé du Développement Jean-Louis Schiltz, ont fait escale mercredi matin à Banda Aceh, visitant divers lieux du sinistre, des camps de déplacés et des hôpitaux. Si MM. Michel et Schiltz voyageaient de concert avec divers cadres de l'Unicef et le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Lee Jong-wook, l'enjeu pour les Européens était de prendre conscience de l'étendue du sinistre et de ramener l'information au conseil extraordinaire des ministres européens qui se tiendra ce vendredi 7 janvier à Bruxelles et au cours duquel l' Union devrait fixer le montant et les modalités de l'aide qu'elle apportera aux pays touchés par le tsunami.

«Trois R»

Pour Jean-Louis Schiltz, dont le pays a débloqué une aide de 5 millions d'euros, les objectifs «nationaux» de cette visite coïncident bien avec ceux de l'Union: exprimer sa solidarité avec les peuples et gouvernements locaux, préparer la réunion de vendredi à Bruxelles, et demeurer attentif à ce que les soins soient effectivement suivis d'une seconde phase d'assistance en réhabilitation.

Même écho du côté de Louis Michel: «L'enjeu européen est d'être certain que les «trois R» (ndlr: «relief», «rehabilitation», «reconstruction») s'enchaînent sans temps mort.» La réhabilitation a d'ailleurs déjà commencé, dès avant la réunion de Djakarta, comme l'a confirmé au commissaire européen le ministre adjoint indonésien aux Affaires spéciales: «Nous avons déjà enterré 32 000 corps à Banda Aceh, et nous en enterrons encore 300 chaque jour. Mais, dans le même temps, nous souhaitons également rouvrir les écoles, car c'est la semaine de la rentrée. Il faut que nous leur trouvions des locaux alternatifs.»

Michael Elmquist, coordinateur humanitaire pour les Nations unies, ressent lui aussi ce souhait de réhabilitation: «Les autorités indonésiennes disent vouloir rouvrir au plus vite les administrations publiques, pour envoyer un signal réconfortant à la population.» A Banda Aceh, une première banque a rouvert il y a deux jours, de même que des pompes à essence et des lignes téléphoniques. Mais la première assistance ne doit pas être oubliée, et pour cette seule première phase, les Nations unies pourraient bien essuyer quelques critiques ce jeudi à Djakarta: «Nous devons considérer que 800 000 personnes ont besoin d'aide à Aceh, précise le coordinateur ONU. Mais nous n'avons pas de salle de réunion, alors que nous rassemblons dans notre coordination huit agences de l'ONU et 27 ONG. Et je dois dire que la coordination n'est pas bonne. Mon message est qu'il faut maintenir le niveau de l'aide et surtout celui de la coordination.»

C'est précisément pour son incapacité à assurer cette coordination générale que l'ONU est dénoncée comme défaillante: «Lors des briefings de coordination, on a l'impression qu'il y a 200 partenaires», glisse une source anonyme française. Eh non: 35 seulement, selon le propre aveu de Michael Elmquist. Il est d'ailleurs à cet égard dramatique de constater à quel point l'ONU a rassemblé peu d'acteurs dans son sillage, et comment parmi ce peu d'acteurs règne déjà une «belle pagaille».

L'esprit même avec lequel travaillent les cadres de l'ONU n'est pas exempt de défauts: ce sont les plus «beaux» camps que visitait ce mercredi la délégation de l'Unicef; et, plutôt que de se rendre au cœur de Banda Aceh pour prendre la mesure réelle du sinistre, le convoi Unicef a tourné le dos à l'avenue Diponegoro, préférant visiter, à 400 mètres de là, le siège détruit des Nations unies. Bel exemple d'onucentrisme!

Pas d'interlocuteurs valables

Enfin, les Nations unies, en Indonésie comme en Afghanistan, semblent avoir peur de leur ombre et placent la province d'Aceh à un «risque 4», sur une échelle ONU qui compte 5 niveaux seulement... Et ce tout en admettant que les séparatistes du GAM ne s'en sont plus pris à un seul Occidental depuis quatre ans. Résultat: l'ONU en était toujours mercredi à explorer l'hypothèse de rallier par route la ville de Meulaboh, sur la côte ouest, alors que de grandes ONG y sont installées, et durablement, depuis l'aube déjà.

Autre indice, certes anecdotique mais effarant, du débordement indonésien: la qualité médiocre des interlocuteurs disponibles à Banda Aceh face aux représentants de l' Union européenne. Rappelons qu'Aceh est une province placée sous la loi martiale: le gouverneur y est donc coiffé par un lieutenant général. Mais ce gouverneur est aussi inculpé de corruption... En outre, depuis le début de la crise, la province a été reprise en main par le directeur du «centre catastrophes», le Bakornas. A priori, cela aurait dû avoir pour conséquences de multiplier les interlocuteurs disponibles. Non, le seul interlocuteur provincial disponible face à l' Union européenne était un simple secrétaire incapable de s'exprimer en anglais.

Publicado por esta às janeiro 12, 2005 09:20 AM