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dezembro 13, 2004
Semaine décisive pour Ankara à l'Union européenne
[Fonte.Liberation]
Les Vingt-Cinq doivent décider de l'ouverture de négociations avec la Turquie.
Semaine décisive pour Ankara à l'Union européenne
Par Jean QUATREMER
lundi 13 décembre 2004 (Liberation - 06:00)
Bruxelles (UE) de notre correspondant
La marche turque vers l'Union, entamée en 1963 lorsque les Européens ont reconnu la vocation d'Ankara à devenir membre, entre dans sa phase décisive cette semaine : le Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement, réuni jeudi et vendredi à Bruxelles, va décider d'ouvrir des négociations d'adhésion courant 2005 ou, au plus tard, début 2006. L'Europarlement devrait lui aussi donner son feu vert mercredi, les opposants à ce premier élargissement à un pays musulman, situé en grande partie hors du continent européen, étant minoritaires. Sauf accident de parcours, la Turquie peut espérer devenir membre de plein exercice en 2014.
Inédit. Cela étant, une crise de dernière minute n'est pas à exclure : le gouvernement islamiste modéré au pouvoir à Ankara a fait monter les enchères ces derniers jours en refusant fermement de reconnaître, préalablement à l'ouverture des négociations, la République de Chypre. C'est, en effet, une situation inédite à laquelle est confrontée l'UE : «Politiquement, il est étrange de vouloir adhérer à un club dont on nie l'existence de l'un des membres», juge l'ambassadeur d'un grand pays de l'Union, même si «d'un point de vue juridique, on peut négocier avec un Etat qu'on ne reconnaît pas». La question chypriote a resurgi lorsque le projet de conclusions du Sommet a fuité dans la presse : la présidence néerlandaise de l'Union y rappelle en toutes lettres, en effet, la nécessité d'une reconnaissance rapide de Chypre.
Une exigence qu'a rappelée, vendredi à Bruxelles, José Manuel Barroso, le président de la Commission, lors d'un entretien avec le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan : «Quand les négociations seront ouvertes, il s'agira de négociations entre la Turquie et l'Union. Il est clair que l'Union est une entité de 25 Etats membres.» Réponse du berger à la bergère : les Chypriotes grecs, a expliqué Erdogan, «ne le méritent pas après avoir rejeté le plan de Kofi Annan», le secrétaire général de l'ONU, lors d'un référendum alors que la partie nord de l'île, occupée par Ankara depuis 1974, l'a accepté. Conscients que la situation est intenable, les Vingt-Cinq cherchent une formule qui liera les mains d'Ankara afin que Nicosie obtienne satisfaction avant la fin des négociations.
Incertitudes. Pour le reste, en dépit de l'opposition de la droite française, de la démocratie-chrétienne allemande et de celle du gouvernement autrichien, les jeux sont faits : personne ne s'opposera formellement à l'ouverture des négociations. Les deux seules incertitudes qui subsistent portent sur la date et les garde-fous. Sur le premier point, seule la France est réticente à une ouverture précipitée des pourparlers pour éviter de parasiter son référendum sur la Constitution prévu courant 2005. Paris souhaite attendre fin 2005 ou janvier 2006. Pour Erdogan, il n'en est pas question : «Notre idée, c'est que les négociations d'adhésion devraient débuter dans la première moitié de 2005», a-t-il dit jeudi.
Sur le second point, les Vingt-Cinq veulent rappeler, comme l'a fait la Commission dans son avis du 6 octobre, que les négociations sont un «processus ouvert dont l'issue ne peut être garantie». Paris, soutenu par Vienne, voudrait aller plus loin et qu'il soit fait mention d'un «partenariat privilégié». Comme l'a expliqué Jacques Chirac, le 2 décembre, «si l'ensemble des conditions n'était pas rempli», à l'issue des négociations, il faudrait que les Européens trouvent un moyen de maintenir «un lien suffisamment fort» avec la Turquie. Le chancelier autrichien, Wolfgang Schüssel, a été plus explicite encore : «Il est indispensable d'envisager un autre concept que celui d'adhésion à part entière telle que nous la connaissions jusqu'à présent.»
«Habillage». Cette idée est rejetée par la grande majorité des Européens : «Quand vous commencez une négociation, il est clair que vous parlez d'adhésion», a martelé le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende. «Il ne s'agit que d'habillage», reconnaît d'ailleurs un diplomate français destiné à rassurer des opinions publiques réticentes. Car, comme l'a encore rappelé le président de la République début décembre, son «objectif» est «de faire entrer la Turquie dans l'UE». Encore faudra-t-il gagner le référendum qu'il s'est engagé à organiser à l'issue des négociations.
Publicado por esta às dezembro 13, 2004 01:58 PM