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dezembro 10, 2004
Référendum : le non se cherche un espace
Fonte: Le Figaro
CONSTITUTION EUROPÉENNE Après le oui des militants socialistes au traité de Bruxelles, la donne change pour les adversaires du texte constitutionnel
Référendum : le non se cherche un espace
Nicolas Barotte
[11 décembre 2004]
Le camp du non a perdu la première manche. L'extrême gauche, le Parti communiste, les chevènementistes, les souverainistes et l'extrême droite mèneront la campagne référendaire contre la Constitution européenne sans le PS. Mais la partie n'est pas finie. Si la décision des militants socialistes prive a priori les adversaires du traité de Bruxelles de renforts électoraux, ces derniers espèrent retrouver un espace politique alors qu'ils se préparent à mener campagne dans le cadre du référendum annoncé par le chef de l'Etat.
Sur le papier, le camp du non ne pèse pas assez électoralement pour l'emporter. Aux élections européennes de juin, les adversaires du traité constitutionnel ont recueilli 26,6% des voix (PCF : 5,2%, extrême gauche : 3,3%, souverainistes : 8,3%, FN : 9,8%). Mais pour évaluer le rapport de forces entre partisans du oui et tenants du non, il faut tenir compte d'une partie de l'électorat du PS (selon les enquêtes d'opinion, un quart des sympathisants socialistes sont opposés à la Constitution) et d'une partie de l'électorat UMP. Par ailleurs, le non peut agréger des mécontentements au-delà de son assise électorale. «L'attente sociale» est en effet très forte, assure François Miquet-Marty, responsable du département opinion chez Louis Harris. Pour lui, «il existe un électorat», notamment à gauche, inquiet pour son avenir : «La question est de savoir si ces formations sont en mesure de le capter.»
Aujourd'hui, les enquêtes d'opinion accordent une confortable avance aux partisans du traité européen : 69% pour le oui, selon un sondage CSA pour Le Figaro du 4 décembre. Mais tous les responsables politiques se souviennent du référendum de Maastricht en 1992. Trois mois avant le vote, le oui était crédité de plus de 65%, pour ne finalement l'emporter qu'avec 51% des suffrages dans les urnes. Refusant le parallèle, Brice Teinturier, directeur du département opinion à la Sofres, estime toutefois que le non, «arithmétiquement», a désormais peu de chance de l'emporter. Pour lui, les communistes ont perdu de leur influence et les souverainistes aussi. Surtout, aucun ténor politique ne mènera campagne comme l'avait fait Philippe Séguin (RPR) en 1992. Selon Brice Teinturier, c'est la question du niveau d'«abstention» qui est désormais en jeu.
Tous ces pronostics sont à prendre avec précaution, la campagne nationale n'ayant pas encore commencé. «Le vrai écueil, pour le oui, c'est le climat politique et social au moment du référendum», explique Pierre Giacometti, directeur général d'Ipsos. Pour lui, la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne pèsera dans le scrutin. «Il faut se méfier des éléments d'automaticité qu'entraînerait le oui socialiste», résume-t-il.
Le vote du PS a changé la donne dans le camp du non. «Le seul fait que le débat ait eu lieu a fait bouger les lignes», estime Stéphane Rozès, directeur de l'institut CSA. A ses yeux, la prise de position de Laurent Fabius en faveur du non a eu un double effet paradoxal. Fabius a «légitimé» le non en montrant qu'un «pro européen» peut être contre le traité constitutionnel. «Fabius a élargi la potentialité du non», estime Stéphane Rozès. Mais, dans le même temps, Fabius, qui n'a rien d'un contestataire, a «banalisé» ce vote : «Il a privé momentanément le non de sa force d'expression du mécontentement.»
L'enjeu, pour les partis protestataires, serait aujourd'hui de puiser dans le «réservoir» des abstentionnistes : plus de 57% des Français demeurent indécis. «La seule façon pour le non de l'emporter, c'est la polyphonie», estime Stéphane Rozès. «Il faut que chaque parti laboure son propre champ.» Les partisans très hétérogènes du non devraient donc se féliciter de l'absence de leader en leur sein. Chacun de leur côté, ils pourront faire campagne selon leurs intérêts particuliers, pour conforter leur base électorale
Publicado por esta às dezembro 10, 2004 09:12 PM