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dezembro 07, 2004
Pour les Européens, la chute du dollar ne résoudra pas le problème des déficits américains
Fonte: Le Monde
Les institutions européennes ont adressé, lundi, une sévère mise en garde aux Etats-Unis, qui ne doivent pas "faire payer" leurs déséquilibres au "reste du monde", a déclaré Hervé Gaymard.
Dans l'espoir d'enrayer la dégringolade du dollar, les ministres des finances de la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission ont adressé, lundi 6 décembre à Bruxelles, une sévère mise en garde aux Etats-Unis.
"Les récents mouvements brutaux de taux de change sont malvenus et ne conduisent pas à des ajustements ordonnés des déséquilibres extérieurs", ont-ils déclaré, à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe, dans un communiqué - exceptionnel - sur les taux de change. Leur déclaration n'a pas impressionné les marchés, puisque l'euro a battu mardi dans la matinée un nouveau record à 1,3467 dollar.
Les trois institutions estiment que les Etats-Unis ne résoudront pas leurs déficits budgétaires et extérieurs uniquement avec l'arme de la dévaluation. "Les déséquilibres extérieurs doivent être corrigés par des mesures économiques et pas en laissant filer la monnaie pour faire payer le prix de l'ajustement par le reste du monde", a précisé Hervé Gaymard, dont c'était la première visite à Bruxelles en tant que ministre des finances. "Il ne s'agit pas d'un euro fort, mais d'un dollar faible", a dit le successeur de Nicolas Sarkozy, estimant que la situation était aggravée par l'indexation des devises sur le dollar et la faiblesse d'épargne des ménages américains.
Les dirigeants de la zone euro n'ont, en revanche, voulu faire aucun commentaire en public au sujet d'éventuelles interventions. Ils se sont contentés d'affirmer : "Nous surveillerons la situation de près." Peu avant la réunion, dans un entretien aux Echos, Gerrit Zalm, le ministre néerlandais des finances, dont le pays assure la présidence de l'Union, avait estimé qu'une "intervention unilatérale de la BCE ne serait guère efficace". Dans l'esprit des responsables européens, une initiative sur le marché des changes a plus de chances de réussir si elle est coordonnée au plan international et menée au moment où les marchés se stabilisent.
RALENTISSEMENT DE CROISSANCE
L'indifférence américaine à l'égard du rapide recul du dollar exclut, pour l'instant, une telle démarche. Le secrétaire au Trésor américain, John Snow, a réaffirmé, la semaine dernière, qu'il valait "mieux laisser aux marchés des devises ouverts la fixation de la valeur des monnaies". Depuis la réélection de George Bush, Washington se satisfait de la faiblesse d'un billet vert susceptible de soutenir ses exportations.
Cette attitude ne répond plus du tout aux attentes des dirigeants européens. L'Eurogroupe a rompu avec la formulation consensuelle utilisée depuis la réunion du G7 en février, à Boca Raton (Floride). A l'époque, Européens et Américains avaient tenté de coopérer afin d'enrayer, non sans succès pendant quelques semaines, le déclin du dollar : les pays les plus industrialisés étaient convenus que "la volatilité excessive et les mouvements désordonnés de taux de changes sont indésirables pour la croissance économique". Lors de leur précédente rencontre mi-novembre, les ministres des finances de la zone euro s'étaient limités à ce type de commentaire. Mais, devant l'inertie américaine, ils ont choisi de prendre officiellement acte des désaccords de fond des deux côtés de l'Atlantique : "Tous les grands pays et les zones économiques doivent jouer leur rôle plus activement pour réduire les déséquilibres globaux en mettant en place des politiques économiques appropriées", ont-ils rappelé. Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a précisé en anglais qu'"il y a un consensus sur les régions dans lesquelles le travail doit être fait, et c'est certainement vrai des deux côtés de l'Atlantique".
Les Européens sont d'autant plus inquiets que la croissance donne des signes de ralentissement. S'il se réjouit de la baisse des cours du pétrole, Joaquin Almunia, le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, a indiqué qu'il allait revoir ses prévisions économiques - 2,1 % en 2004 dans la zone euro et 2,0 % en 2005 - à la baisse. "Nous sommes désormais un peu plus préoccupés. La croissance dans la zone euro au troisième trimestre a été plus faible que prévu, à 0,3 %", a-t-il observé. Cette performance décevante est liée, selon lui, au recul "significatif" des exportations.
Philippe Ricard
Publicado por esta às dezembro 7, 2004 06:49 PM