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dezembro 06, 2004

Mahmoud Abbas et Marwan Barghouti, les deux visages de la transition palestinienne

[Fonte:Le Temps]
PROCHE-ORIENT. Face à l'ancien leader du Fatah en Cisjordanie, emprisonné, et à huit autres candidats qui concourent au scrutin du 9 janvier, l'ex-premier ministre a les faveurs des Américains et de l'Union européenne.


Luis Lema
Lundi 6 décembre 2004

L'un sera cette semaine en Syrie et au Liban, puis sans doute dans les Etats du Golfe. Il voit sans discontinuer des diplomates étrangers, sait qu'il trouvera ouvertes les portes de la Maison-Blanche, parle et agit déjà comme un président. L'autre est dans une cellule de 3 mètres carrés, surveillé par une caméra vingt-quatre heures par jour. Il lit la presse israélienne, la seule qui lui soit livrée, et deux livres par semaine. S'il parle et s'il agit, lui aussi, c'est grâce à sa femme, Fadwa, qui est devenue sa seule courroie de transmission avec le monde extérieur. Mahmoud Abbas, 69 ans, et Marwan Barghouti, 45 ans, sont les deux visages de la transition palestinienne.

Aux dizaines de journalistes qui se pressent dans son modeste appartement de Ramallah, Fadwa Barghouti ne cesse de répéter la même explication: son mari, dit-elle, n'a pas fait preuve d'inconsistance en annonçant, à quelques jours d'intervalle, qu'il ne briguerait pas, puis qu'il briguerait, le poste de président de l'Autorité palestinienne laissé vacant par la mort de Yasser Arafat. «Simplement, il a pris conscience de certaines choses», explique-t-elle.

Laissant échapper des soupirs de soulagement, la direction palestinienne avait simplement tourné la page Barghouti en apprenant son désistement. La poursuite de l'Intifada? Assimilée à du terrorisme, elle n'est plus évoquée par les chefs de l'OLP, et notamment par un Mahmoud Abbas (Abou Mazen) qui avait publiquement regretté sa «militarisation» lorsqu'il était premier ministre, l'année dernière. La libération de Barghouti? Elle n'a pas même été mentionnée par les membres de «la vieille garde», tout à leur nécessité d'apparaître comme des dirigeants responsables.

Autour de Marwan Barghouti, le vide s'est fait dans les rangs de la jeune génération qui a combattu à ses côtés, pendant des années, la corruption et le manque de démocratie régnant dans les instances palestiniennes. Tous ont débranché leur téléphone. Il n'est pas l'heure de s'opposer, du moins publiquement, à la machine qui s'est mise en route. Face à huit autres candidats qui n'ont pas la carrure indispensable pour concourir au scrutin du 9 janvier, Abou Mazen doit apparaître comme le seul prétendant légitime. Gare à ceux qui manifesteront trop bruyamment leur soutien à un homme qui fut le chef du Fatah pour la Cisjordanie mais qui s'est vu forcer de s'inscrire au scrutin comme candidat indépendant.

Les Etats-Unis, Israël, l'Union européenne, une bonne partie du monde arabe: tous ont choisi désormais les cheveux blancs et le complet veston du candidat officiel face aux menottes du jeune prétendant, qui brandit ses mains en signe de défi. «Le courant qu'incarne Marwan juge que nous avons le droit de nous défendre face à l'occupation. Nous devons résister et négocier à la fois. Parce que négocier sans résister ne fait que nous affaiblir, et résister sans négocier, c'est courir à la catastrophe», affirme sa femme.

De fait, si n'était la condamnation de la justice israélienne en mai dernier, Marwan Barghouti apparaîtrait comme le candidat idéal pour une bonne partie des Israéliens. Sa vision politique, il l'a souvent partagée par le passé avec ses interlocuteurs de l'Etat hébreu: elle consiste en l'établissement de deux Etats, l'israélien et le palestinien. Sur le fond, rien ne la distingue de celle que défend Abou Mazen.

Même si elle lui déplaît, la candidature de Marwan Barghouti servira-t-elle, in fine, les desseins de Mahmoud Abbas? C'est la thèse à laquelle veulent croire certains Palestiniens, qui tentent d'ôter tout caractère dramatique à cette fracture apparue au sein du Fatah: «Après tout, l'élection n'en sera que plus démocratique, affirme l'un d'eux, sous le couvert de l'anonymat. Et surtout, cela permettra d'éviter un choc frontal avec le Hamas.» Le mouvement islamiste a appelé en effet à boycotter le scrutin. «Marwan Barghouti est particulièrement populaire au sein des jeunes radicalisés et dans les camps de réfugiés, c'est-à-dire sur les terres du Hamas. Sa présence sur les listes électorales permettra de réduire leur frustration face au candidat de l'appareil.»

Publicado por esta às dezembro 6, 2004 09:31 AM