« L'Union européenne et la Turquie trouvent un compromis sur Chypre | Entrada | La Turquie et Bruxelles finissent par s'accorder »
dezembro 17, 2004
L'Union prête à se fiancer à Ankara en octobre 2005
[Fonte:Liberation]
Le Conseil européen de Bruxelles devait confirmer hier l'ouverture de négociations avec la Turquie, assorties des conditions émises par les «turcosceptiques».
Par Nathalie DUBOIS et Jean QUATREMER
vendredi 17 décembre 2004 (Liberation - 06:00)
Bruxelles (UE) envoyés spéciaux
Jacques Chirac devait essayer, hier soir, de rallier ses vingt-quatre partenaires de l'Union européenne à son «oui, si» à la Turquie. Réunis à Bruxelles depuis 19 heures, jeudi soir, les chefs d'Etat et de gouvernement s'apprêtaient à confirmer leur décision d'ouvrir des négociations d'adhésion à l'Union avec la Turquie. Sans doute en octobre 2005, afin que cette question ne vienne pas troubler le référendum sur la Constitution européenne en France. Toutefois, le Président de la République, soutenu par neuf pays (Pays-Bas, Slovaquie, Malte, Lettonie, Grèce, Estonie, Slovénie, Portugal et Autriche) devait militer, lors du dîner des dirigeants, pour souligner le plus clairement possible que négociation ne rime pas forcément avec adhésion.
Ulcérer. Ce feu orange ulcère le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui, dans un entretien publié par le quotidien Milliyet, annonce qu'il est prêt à veiller toute la nuit pour étudier «mot par mot», la déclaration finale des Vingt-Cinq : «Il est entendu que les négociations sur la formulation [...] se poursuivront jusqu'au tout dernier moment. Nous ne dormirons pas avant vendredi matin. Il nous faudra peut-être travailler sur tous les mots.» Il s'annonce même prêt à une «guerre des nerfs» pour défendre les intérêts de son pays.
Selon Olli Rehn, le commissaire européen chargé de l'Elargissement, la simple mention en toutes lettres qu'il s'agit d'un «processus ouvert dont l'issue ne peut être garantie à l'avance», formule déjà employée dans l'avis favorable aux négociations donné par la Commission européenne le 6 octobre, et repris par le projet de conclusion du sommet, est le maximum acceptable par Ankara. Or la France et ses neuf alliés veulent prévoir l'hypothèse d'un échec, soit celui des négociations, soit lors des ratifications nationales du traité d'adhésion, et promettre en ce cas le maintien d'un «ancrage fort» de la Turquie à l'UE. Soit une fausse porte de sortie, destinée à faire passer la pilule turque aux opinions publiques réticentes.
Erdogan, dans son entretien à Milliyet, a ironisé sur ces réticences de dernière minute : «L'adhésion pleine et entière n'est pas automatique. Les négociations peuvent être arrêtées à tout moment. Ils (les Européens) peuvent le faire, comme nous pouvons le faire. Il est même possible de suspendre l'adhésion des membres actuels, alors pourquoi ce besoin de l'exprimer ?» Le Premier ministre turc peut compter sur le soutien d'une majorité d'Etats membres, à commencer par la Grande-Bretagne, l'Allemagne et l'Italie, qui rejettent, eux aussi, toute «troisième voie».
Chypre. En première ligne des «turcosceptiques», le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel veut ajouter plusieurs obstacles supplémentaires à la marche turque. En particulier, comme il l'a rappelé hier, à Bruxelles, il estime que «la capacité d'absorption de l'Union doit être prise en compte, mais que la cohésion au sein de l'Union doit aussi être garantie». Un signe de méfiance à l'encontre d'un pays de 70 millions d'habitants dont le revenu par tête est à peine le quart de celui de l'UE à quinze.
Si Chirac et Schüssel ont leurs soucis domestiques, le Président de Chypre, Tassos Papadopoulos a sa propre cause, nettement plus compréhensible, à défendre : la reconnaissance de son pays dont le nord est occupé par l'armée turque depuis 1974. Il veut, à défaut d'une reconnaissance immédiate, que la Turquie le reconnaisse de facto en établissant des liens commerciaux avec lui. Erdogan semble prêt à s'engager dès aujourd'hui à accepter une solution de compromis : l'extension de l'Union douanière liant Ankara à l'Union aux dix nouveaux membres de l'UE, donc à Chypre. Mais à condition que les Vingt-Cinq ne multiplient pas les obstacles sur la route de l'adhésion. «Si vous voulez être membre d'une famille, vous devez reconnaître tous les membres de la famille», l'a prévenu Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne.
Publicado por esta às dezembro 17, 2004 04:04 PM