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dezembro 02, 2004
L'Ukraine repose, après la Turquie, la question des frontières de l'UE
[Fonte:Le Temps]
PARIS (AFP) - L'évolution rapide de la situation en Ukraine pose, après la Turquie, la question des frontières de l'Union européenne, selon des experts européens, qui font valoir que l'UE pourra désormais difficilement refuser à Kiev une perspective d'adhésion.
La question ukrainienne s'est imposée jeudi lors d'une rencontre entre le président français Jacques Chirac et le chancelier allemand Gerhard Schroeder à Luebeck (Allemagne), qui n'avaient prévu dans un premier temps que de se concerter sur la Turquie, à quinze jours du sommet européen de Bruxelles.
Le sommet européen, les 16 et 17 décembre, doit prendre une décision sur l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie, un pays qui est en grande partie en dehors du continent européen, contrairement à l'Ukraine.
"Le refus de l'UE de soulever la possibilité d'une adhésion de l'Ukraine semble intenable", déclare Kataryna Wolczuk, du Centre for european reform, basé à Londres. "S'il y a des changements démocratiques rapides en Ukraine, cela modifiera complètement la donne", renchérit Wojciech Saryusz-Wolski, de l'European Policy Centre, à Bruxelles. "Ce sera très difficile pour l'UE de maintenir son refus".
Pour un diplomate européen, s'exprimant sous couvert d'anonymat, "s'il y a un président réformateur, l'Union européenne devra faire des gestes extrêmement forts vis-à-vis de l'Ukraine". L'eurodéputé et ancien ministre polonais des Affaires étrangères Bronislaw Geremek a déclaré mercredi à Bruxelles que "l'UE devrait répondre à l'Ukraine maintenant, lui dire qu'il y a une place pour elle dans l'Union". S'exprimant aux côtés de M. Geremek, le président de la commission de l'intégration européenne au sein du Parlement ukrainien, Boris Tarasyuk, partisan du candidat de l'opposition Viktor Iouchtchenko, a qualifié d'"irresponsable" le "manque de stratégie" de l'UE vis-à-vis de l'Ukraine.
L'Ukraine de Léonid Koutchma n'avait pas mis en oeuvre les réformes nécessaires pour prétendre à une accession même lointaine et l'UE s'était contentée de proposer à Kiev le statut de "pays frontalier de l'Union élargie" qui ne satisfait pas les autorités ukrainiennes. Cet état des choses était d'autant plus confortable pour les Européens qu'ils ne souhaitaient surtout pas déstabiliser la Russie.
Selon une étude réalisée en juin 2000 par le ministère allemand des Affaires étrangères en coopération avec le Quai d'Orsay, une adhésion de l'Ukraine entraînerait un sentiment d'isolement à Moscou. Une Ukraine démocratique et prête à se réformer mettrait toutefois l'Union européenne en porte-à-faux. "L'UE est ouverte à tous les pays européens qui remplissent les critères de Copenhague", rappelle M. Saryusz-Wolski. "Si l'Ukraine s'engage à remplir ces critères, l'UE va devoir apporter rapidement une réponse", poursuit-il. "Il lui faudra reconnaître les aspirations ukrainiennes de façon plus claire".
Aujourd'hui, le Haut représentant pour la politique étrangère de l'UE, Javier Solana, tente de résoudre la crise à Kiev "les mains vides", relève Kataryna Wolczuk. "Il a le prestige de l'Europe, mais il pourrait être beaucoup plus efficace" s'il avait quelque chose à offrir aux Ukrainiens, estime-t-elle.
"L'arrivée au pouvoir d'un candidat pro-occidental forcera les leaders européens à accorder une plus grande attention à un pays que personne ne prenait au sérieux il y a encore un mois", soulignait jeudi Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue "La Russie dans la politique globale", dans un article publié sur internet.
Publicado por esta às dezembro 2, 2004 01:57 PM