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dezembro 07, 2004
L'UE ne ferme pas la porte à une future adhésion de l'Ukraine
Fonte: Le Monde
Bruxelles espère toutefois que Kiev se satisfera d'une offre de partenariat approfondi.
La Commission européenne doit adopter, jeudi 9 décembre, plusieurs "plans d'action" visant à développer la coopération politique et économique de l'Union européenne avec les pays qui appartiennent à son voisinage immédiat.
L'Ukraine fait partie des sept pays concernés par cette première série de plans. La politique de voisinage proposée par Bruxelles s'adresse à des Etats qui n'ont pas vocation à entrer dans l'Union. Ainsi, elle ne concerne ni la Turquie ni les pays de l'ex-Yougoslavie, qui sont considérés comme des candidats à l'adhésion.
Ce n'est pas le cas de l'Ukraine, à laquelle les Européens offrent la perspective de relations privilégiées incluant "un degré significatif d'intégration économique" et "un approfondissement de la coopération politique" sans aller jusqu'à envisager qu'elle devienne membre de l'Union.
Officiellement, la politique de voisinage est le seul cadre dans lequel est appelé à se développer le partenariat avec l'Ukraine, comme avec les autres voisins de l'Europe, à l'Est comme au Sud. Pour marquer l'importance qu'il attache à cette politique, le nouveau président de la Commission, José Manuel Barroso, a ajouté au titre porté par la commissaire aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, celui de commissaire à la politique de voisinage. Cette politique se distingue nettement de la politique d'adhésion, même si elle vise à atténuer les différences entre les Etats membres et les autres. Il s'agit d'offrir aux nouveaux voisins de l'Union, comme l'expliquait, il y a quelques mois, au lendemain de l'élargissement, Günter Verheugen, chargé de ce dossier dans le précédent collège, "la possibilité d'être réellement partie prenante dans l'Union élargie". M. Verheugen, qui est aujourd'hui l'un des vice-présidents de la Commission Barroso, ajoutait : "Il est dans l'intérêt de l'Europe, dans son ensemble, de voir l'UE entourée d'un cercle de pays pratiquant la bonne gouvernance et proposant de nouvelles perspectives de démocratie et de croissance."
"AUCUNE DÉCISION"
Pourtant, depuis le commencement de la crise ukrainienne, l'hypothèse d'une adhésion de l'Ukraine a refait surface. Elle est notamment soutenue par la Pologne, son principal voisin européen, et n'est pas écartée par certains de ses partenaires.
"La question de l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne n'est pas à l'ordre du jour", a souligné, devant le Parlement européen, mercredi 1er décembre, Mme Ferrero-Waldner. "Mais il est clair que nous ne fermons aucune porte", a-t-elle précisé. Sa porte-parole, Emma Udwin, a déclaré, le lendemain, que, "dans l'avenir immédiat", les relations entre l'Union européenne et l'Ukraine relèvent des accords existants. "Mais nous n'avons pas préjugé ce que l'avenir nous réserve, dans aucune direction, a-t-elle ajouté : nous n'avons pris aucune décision sur une perspective d'adhésion de l'Ukraine. Pour l'instant, ce n'est pas à l'ordre du jour."
MISE EN GARDE
Michel Barnier, ministre français des affaires étrangères, a écarté catégoriquement cette éventualité, estimant que la politique de voisinage représente déjà une offre intéressante pour l'Ukraine. Dans une note du Centre pour la réforme européenne (Centre for European Reform), un important "think tank" (centre de réflexion) britannique, Charles Grant, son directeur, et Katinka Barysch, son économiste en chef, mettent en garde contre une offre d'adhésion.
"Les Européens, écrivent-ils, ne doivent rien dire qui soit de nature à renforcer la conviction de nombreux Russes selon laquelle l'Ukraine est appelée à choisir entre l'Est et l'Ouest. L'Union européenne peut être tentée de revenir sur l'idée, exprimée par Romano Prodi, que l'Ukraine "a autant de raisons que la Nouvelle-Zélande de faire partie de l'Union". Mais le temps n'est pas venu de parler de l'adhésion de l'Ukraine. A long terme, quand un gouvernement ukrainien sûr et stable aura accompli le type de réformes économiques et politiques qui rendront crédible sa candidature, le sujet reviendra à l'ordre du jour. Mais pour le moment, l'Ukraine doit avoir beaucoup de raisons d'entreprendre des réformes, autres que la carotte de l'adhésion."
Ceux qui envisagent une future adhésion de l'Ukraine soulignent qu'une telle "carotte" s'est révélée efficace pour susciter des réformes démocratiques en Turquie et qu'elle devrait produire les mêmes effets sur les pays des Balkans. Pourquoi, disent-ils, ne pas appliquer le même raisonnement à l'Ukraine s'il apparaît que la "carotte" de la politique de voisinage se révèle insuffisante pour lui permettre de "progresser vers les valeurs européennes", comme l'espère Mme Ferrero-Waldner ?
Le pari de l'Union est que le partenariat approfondi offert à Kiev sera assez attirant pour dissuader l'Ukraine de demander davantage en se portant candidate à l'adhésion. Mais une partie de la réponse dépend aussi de la Russie. Si celle-ci ne veut pas que l'Ukraine adhère à l'OTAN et à l'Union européenne, notent Katinka Barysch et Charles Grant, elle ne doit pas se comporter d'une manière qui conduise de nombreux Ukrainiens à penser que "leur meilleure chance de bâtir un Etat moderne et démocratique est de chercher dans les institutions occidentales une protection contre la domination russe".
Thomas Ferenczi
Publicado por esta às dezembro 7, 2004 06:40 PM