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dezembro 16, 2004

L'Europe s'apprête à dire «oui» à la Turquie

Fonte: Le Figaro

L'Europe s'apprête à dire «oui» à la Turquie
Les vingt-cinq dirigeants de l'Union européenne se retrouvent en sommet à Bruxelles, aujourd'hui et demain, pour décider s'ils débutent des négociations d'adhésion avec la Turquie. Hier, le premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, dont le pays préside l'UE, a déclaré qu'un feu vert semblait probable.
Bruxelles : de notre correspondante Alexandrine Bouilhet
[16 décembre 2004]


Un maximum d'agitation pour un minimum de suspense politique : telle est l'ambiance, un peu surréaliste, qui règne à Bruxelles, à quelques heures de l'ouverture du Conseil européen consacré à la Turquie. Tous d'accord pour ouvrir les négociations d'adhésion avec Ankara à l'automne 2005, les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Cinq se retrouvent ce soir autour d'un dîner de travail pour entériner, une fois pour toutes, leur décision. «Aussi importante soit-elle, cette décision ne réservera aucune surprise. Tout a été très bien préparé en amont. Et les quelques paramètres qu'il reste à régler sont sous contrôle», se félicite-t-on en coulisses. «Contrairement aux sommets sur la Constitution, ou à la guerre en Irak, il n'y a, cette fois-ci, aucune tension entre les dirigeants européens». La seule tension qui existe émane des opinions publiques européennes, et surtout de la France, où les sondages montrent un désaccord profond avec la position du chef de l'Etat. A l'approche du verdict final, l'agitation politique est également à son comble en Turquie, où l'opinion attend, fébrile, le résultat de quarante ans de promesses.


Dans ce contexte très particulier, la tâche des chefs d'Etat et de gouvernement sera avant tout pédagogique. «Ils doivent rassurer Ankara sans faire peur à Paris», résume un diplomate. Pour ces deux capitales, «l'affichage» de la décision sera primordial. D'où un acharnement, de part et d'autre, sur un mot ou une virgule à incorporer dans le corps de la décision.


«Le texte de conclusions est déjà blindé à 99% et les Turcs auront ce qu'ils réclament : un feu vert à l'ouverture des négociations et une date», note-t-on à Bruxelles. Le paraphe des Vingt-Cinq ne tient plus qu'à deux fils : un pas d'Ankara vers la reconnaissance de Chypre et un habillage de la formule concernant «le processus ouvert dont le résultat ne peut être garanti à l'avance».


Sur Chypre, la présidence de l'Union attend un «engagement verbal» des autorités turques dès aujourd'hui. Arrivé hier soir à Bruxelles, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, doit s'entretenir discrètement avec la présidence avant le dîner des dirigeants européens et lui annoncer la signature prochaine de l'extension de l'accord (douanier) d'Ankara à l'Union élargie. Attendue avant l'ouverture des négociations en 2005, cette signature aboutira à la reconnaissance de facto de la République chypriote par la Turquie. Le retrait des troupes turques du nord de l'île n'est pas à l'ordre du jour, pas plus que la normalisation complète des relations entre Ankara et Nicosie. L'extension de l'accord d'Ankara suffira à éviter un veto chypriote.


Sur l'aboutissement du processus de négociations, le compromis est à portée de main. «Tout dépendra de l'esprit frondeur de Chirac», souligne un diplomate. A la demande de l'Allemagne, la France a déjà renoncé à plusieurs formules d'alternative à l'adhésion. Les conclusions ne mentionneront ni l'option de «partenariat privilégié», ni «un statut spécial» quelconque pour la Turquie dans l'Europe. Pour ne pas froisser les Turcs, l'hypothèse d'un échec des négociations sera également passé sous silence à Bruxelles. L'accent sera mis sur l'objectif de l'«adhésion». Mais la France insiste pour demander, qu'en cas de dérapage des négociations, la Turquie garde «un lien fort» avec l'Union européenne. Là encore, elle semble très isolée.


«Cela ne veut rien dire. Cela n'ajoute rien», s'agacent les diplomates allemands et les Britanniques. Pour l'instant, l'ajout français ne figure pas dans les formules de compromis concoctées par la présidence de l'Union, en vue du dîner des chefs d'Etat, de ce soir.

A l'issue de sa tournée des capitales, la présidence estime que la meilleure expression, la plus consensuelle à ce jour, même pour les Français, reste celle de la Commission européenne.


«L'adhésion de la Turquie est un processus ouvert dont l'issue ne peut pas être garantie à l'avance», indiquait la recommandation de l'exécutif européen. «Indépendamment du résultat des négociations ou du processus de ratification qui pourrait en découler, les relations entre l'Union européenne et la Turquie doivent garantir que la Turquie reste ancrée aux structures européennes.»

Publicado por esta às dezembro 16, 2004 03:34 PM