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dezembro 08, 2004

L'euro fort, boulet de l'UE

[Fonte:Liberation]
La chute rapide du dollar favorise les exportations américaines et inquiète les gouvernements européens.

Par Jean QUATREMER
mercredi 08 décembre 2004 (Liberation - 06:00)
Bruxelles (UE) de notre correspondant


Toujours plus haut : l'euro est bien parti pour atteindre et même dépasser le 1,35 dollar avant la fin de l'année. Hier, il a franchi un nouveau record, à 1,3469 dollar, avant de se replier légèrement. Cette tentative des marchés financiers d'enfoncer un nouveau plafond face au billet vert est ironiquement intervenue quelques heures après que les ministres des Finances de la zone euro, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, et le commissaire chargé des questions économiques et financières, Joaquin Almunia, réunis à Bruxelles lundi soir, ont durci le ton pour essayer de contrer la chute de la monnaie américaine, qui entraîne dans son sillage le yuan chinois.

Jusqu'où peut tomber le dollar ?

Il n'y a pas de limite théorique. Historiquement, le billet vert est revenu à son niveau de 1995 (en équivalent euro). «La chute du dollar n'est pas finie, estime Christian de Boissieu, professeur d'économie à l'Université de Paris-I. Si les marchés ont le sentiment qu'ils s'enfoncent dans le dollar comme dans un édredon, rien ne les arrêtera.» Or les autorités américaines ont manifestement décidé de laisser filer leur monnaie. Autrement dit, l'euro pourrait atteindre 1,40 dollar à court terme. Les analystes estiment même que les autorités monétaires américaines n'interviendront qu'aux alentours de 1,50 ou 1,60 dollar...

Que peuvent faire les Européens ?

La première arme dont disposent les autorités monétaires est celle des mots. La BCE et les gouvernements ont commencé à durcir le ton depuis plusieurs semaines, en vain. Le communiqué de l'Eurogroupe ­ qui intervient très rarement en matière de change ­ marque une nouvelle étape. Il condamne fermement «la volatilité excessive et les mouvements désordonnés de taux de change». Les mots sont importants : ce n'est pas la dépréciation du dollar, rendue inéluctable par les déficits «jumeaux» américains (déficit public et déficit commercial), qui est en cause, mais la vitesse de son atterrissage qui pourrait se terminer par un krach.

Si les mots ne suffisent pas, il faudra que la BCE intervienne sur le marché des changes en achetant du dollar pour soutenir son cours et casser les reins des spéculateurs. Elle pourrait agir une fois le plafond de 1,35 dollar franchi, ce qui explique son léger repli observé hier soir : «Les investisseurs commencent à être nerveux et plus prudents : ils sont réticents à pousser l'euro plus haut alors que les autorités européennes ont quand même bien haussé le ton», a déclaré à l'AFP Audrey Childe-Freeman, économiste à la Banque canadienne impériale de commerce (CIBC). Le problème est qu'une intervention en solitaire serait inefficace : «Pour impressionner les marchés, il faut une coalition de banques centrales», souligne Christian de Boissieu. Il est envisageable que la Banque du Japon, la Banque du Canada et la Banque d'Angleterre, toutes confrontées au même problème, se joignent à la BCE. Quant à la Réserve fédérale américaine (Fed), qui avait joint ses forces à celles des Européens et des Japonais le 22 septembre 2000 pour stopper la chute de l'euro, «elle interviendra quand elle jugera que le niveau atteint par le dollar ne fait plus l'affaire des Etats-Unis», estime Christian de Boissieu.

Enfin, la BCE peut baisser ses taux d'intérêt à court terme (aujourd'hui à 2 %, comme ceux de la Fed) : en rendant le loyer de l'argent moins intéressant qu'aux Etats-Unis, elle pourrait aider à ralentir la chute du dollar. Mais Jean-Claude Trichet, l'oeil rivé sur l'inflation dans la zone euro, toujours supérieure à 2 %, semble réticent à envisager une telle solution. Pourtant, avantage collatéral, cela doperait une croissance européenne qui reste moitié moins élevée qu'aux Etats-Unis.

Cette baisse du dollar est-elle grave ?

La zone euro ne cache plus son inquiétude. Même l'Allemagne, qui a longtemps été habituée à vivre avec un mark surévalué, commence à trouver la potion amère, comme le montre la baisse continue de l'indice IFO (qui mesure le moral des chefs d'entreprise allemands). La croissance européenne est menacée : toutes les prévisions pour 2005 ont été revues à la baisse. Cela étant, il ne faut pas exagérer non plus l'importance de la chute du dollar, la zone euro effectuant plus de 81 % de son commerce extérieur entre pays ayant adopté la monnaie unique. En outre, le dollar (et le yuan) chute vis-à-vis de l'ensemble des devises mondiales, pas seulement face à l'euro, ce qui réduit encore l'exposition de l'Eurozone au risque-dollar. Mais c'est un coup supplémentaire à une croissance qui reste structurellement faiblarde.


Publicado por esta às dezembro 8, 2004 10:55 AM