« La Force de l'Union européenne succède à l'Otan en Bosnie | Entrada | LA CONSTRUCCIÓN EUROPEA »
dezembro 02, 2004
Les Européens aux commandes en Bosnie
Fonte: Le Figaro
Les Européens aux commandes en Bosnie
Isabelle Lasserre
[02 décembre 2004]
L'Europe en rêvait depuis longtemps. Le grand jour a fini par arriver. C'est aujourd'hui que l'Union européenne relève officiellement l'Otan en Bosnie-Herzégovine, prenant ainsi la tête de la plus importante opération militaire de son histoire. Neuf ans après la fin de la guerre de Bosnie (250 000 morts), la nouvelle force européenne, Eufor, s'apprête à déployer 7 000 hommes sur le terrain.
Concrètement, il s'agit essentiellement d'un changement de casquette. Pour les Bosniaques, cette passation de pouvoir ne changera pas grand-chose : 80% des soldats de l'Eufor ont été recrutés au sein de la Force de stabilisation de l'Otan, la Sfor. Les missions sont identiques : comme la Sfor, l'Eufor sera chargée d'assurer la stabilité du pays et de traquer les criminels de guerre.
Politiquement, en revanche, le changement de main est hautement symbolique. La mission est censée constituer un test pour la politique européenne de sécurité et de défense (Pesd). L'opération, baptisée Althea, est la troisième mission militaire de l'UE menée dans le cadre de la Pesd. En mars 2003, «Concordia» avait succédé aux unités déployées par l'Otan en 2001 pour mettre fin aux affrontements ethniques en Macédoine.
Quelques mois plus tard, l'UE avait aussi dirigé l'opération «Artémis» dans le district de l'Ituri, au nord-est du Congo, secoué par de violents affrontements interethniques. C'était la première fois que l'Union agissait de façon autonome, sans avoir recours aux moyens logistiques de l'Otan. «Artémis» était aussi sa première mission de maintien de la paix hors du continent. La France avait été le fer de lance de l'opération, fournissant la majorité des troupes de combat chargées de rétablir la sécurité dans la ville de Bunia.
L'UE mise sur un succès de sa mission en Bosnie pour assurer la crédibilité des Européens dans le domaine de la défense et du maintien de la paix. C'est toute la politique de sécurité commune de l'UE, dont les bases ont été jetées en 1993, qui est en jeu. La mission en Bosnie pourrait en effet préfigurer d'autres engagements, dans les années qui viennent, notamment au Kosovo.
Aussi symbolique est le départ des soldats américains, qui en 1995 représentaient un tiers des 60 000 hommes déployés au sein de l'Otan en Bosnie. Depuis, les effectifs avaient été revus à la baisse, pour ne plus atteindre que 7 000 hommes en 2004. La plupart des soldats américains qui avaient servi sous le drapeau de l'Otan en Bosnie, la plus longue mission de maintien de la paix de l'Alliance atlantique, participent aujourd'hui à des missions en Irak et en Afghanistan.
Avant tout concentrée sur la lutte antiterroriste depuis le 11 septembre 2001, l'Administration Bush n'a jamais caché son désir de mettre fin à la mission de l'Otan dans une Bosnie désormais pacifiée. «Voulant néanmoins s'assurer qu'un Etat faible en Bosnie ne constituera pas un danger pour les institutions européennes et transatlantiques, les Etats-Unis ont tenu à s'assurer que leurs investissements politiques dans la région et les progrès sécuritaires obtenus depuis les accords de Dayton ne seront pas remis en cause par leur départ», lit-on dans le dernier rapport du think tank International Crisis Group consacré à la Bosnie. Les réserves américaines sur les capacités militaires de l'UE comme la dégradation des relations transatlantiques expliquent pourquoi la transition, prévue de longue date, a été plusieurs fois retardée.
La mission de l'Otan a été le principal succès de la communauté internationale en Bosnie, la meilleure garantie contre une reprise de la guerre. «Son remplacement par l'Eufor reflète la certitude qu'ont désormais Washington et Bruxelles que la situation sécuritaire en Bosnie est suffisamment stable pour qu'on puisse se passer de l'Otan et que les capacités militaires de l'UE sont suffisantes pour y assurer la stabilité. La transition a cependant moins à voir avec la situation réelle dans le pays qu'avec la volonté européenne de faire valoir sa crédibilité en tant qu'acteur de défense et le désir américain de mettre un terme à sa présence militaire dans la région», poursuit l'auteur du rapport.
La passation de pouvoir entre l'Otan et l'UE risque cependant de ne pas être facile. Elle intervient à une période sensible dans les Balkans. Les négociations sur le statut final du Kosovo, qui doivent démarrer en 2005, et l'avenir incertain de la fédération Serbie-Monténégro pourraient encourager les extrémistes serbes qui réclament que la Republika Srpska soit détachée de la Bosnie. Le travail amorcé par l'Otan en Bosnie est en outre loin d'être terminé. Les criminels de guerre n'ont pas été arrêtés, les stocks d'armes n'ont pas été neutralisés et la réforme des forces armées bosniaques n'a pas été faite.
En dépit des interventions répétées de la communauté internationale, les institutions centrales de Bosnie disposent toujours de pouvoirs trop faibles pour fonctionner sans pression extérieure. Le pays dépend de l'aide économique étrangère et les réformes sont ralenties ou bloquées par les nationalistes. Enfin, la réputation des principales puissances européennes continue de pâtir des échecs et des ambiguïtés de la politique menée au début des années 90, avant l'entrée en scène de l'Otan.
Publicado por esta às dezembro 2, 2004 03:00 PM