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dezembro 16, 2004
Le nouveau président roumain veut arrimer son pays à l'Union européenne
Fonte: Le Monde
"Fini le temps où la politique tenait en tutelle la justice et la police": Traian Basescu, élu dimanche avec 51,2 % des suffrages, a décidé de s'attaquer en priorité à la corruption et de tout faire pour mettre en œuvre les réformes exigées par Bruxelles pour une adhésion en 2007.
Surpris par la victoire de l'opposition à l'élection présidentielle, les Roumains sont déjà sous le charme de leur nouveau président. Traian Basescu, maire de Bucarest et leader de l'opposition, l'a emporté avec 51,2 % des suffrages face au premier ministre social-démocrate Adrian Nastase.
Les Roumains ont sanctionné l'héritier du Parti communiste pour confier le destin de leur pays à un ancien capitaine de vaisseau. Fier de son surnom "Popeye", Traian Basescu entend diriger la Roumanie comme un navire, avec "rigueur et responsabilité". Il espère arrimer son pays à l'Union européenne à la date prévue : le 1er janvier 2007.
Une mission difficile puisque le précédent gouvernement n'a pas évité la menace de la clause de sauvegarde que Bruxelles fait planer sur le dossier roumain. La Roumanie est le premier pays candidat à l'UE auquel est imposée cette clause. Si Bucarest échoue à mettre en œuvre les réformes négociées avec la Commission européenne, l'adhésion de la Roumanie à l'UE sera retardée d'un an. Bruxelles reproche à Bucarest un niveau de corruption incompatible avec les standards européens, une indépendance de la justice bafouée par la politique et une liberté de la presse trop souvent remise en question. Ce sont précisément les thèmes que le maire insoumis de Bucarest a utilisés pour sa campagne électorale.
Lundi 13 décembre, quelques heures après l'annonce officielle de sa victoire, Traian Basescu a improvisé, en direct devant les caméras de télévision, sa première déclaration politique : "Mon objectif est de rétablir la cohésion des Roumains, qu'ils vivent en Roumanie ou à l'étranger, a-t-il déclaré. Je veux restituer aux Roumains la dignité que leur a volée la pauvreté. On ne peut parler d'homme digne aussi longtemps qu'un Etat humilie ses citoyens. C'est cette humiliation due à la pauvreté qui nous empêche d'être solidaires. Or nous avons besoin de solidarité, car nous ne pourrons intégrer l'UE que si chacun d'entre nous comprend que ce processus a un coût. Je garantis aussi que ma première priorité sera la lutte contre la corruption. Je considère ce fléau comme une atteinte à la sécurité nationale et j'utiliserai tous les moyens pour que les institutions de l'Etat se mobilisent dans ce but. Fini le temps où la politique tenait en tutelle la justice et la police. A partir d'aujourd'hui la loi sera respectée en Roumanie."
UN GOUVERNEMENT RÉFORMISTE
La victoire de Traian Basescu sauve la face de son pays qui a failli reproduire le scénario ukrainien. De nombreuses fraudes ont été signalées lors du premier tour de l'élection présidentielle et des législatives qui se sont tenues le 28 novembre. Le leader de l'opposition avait alors accusé le gouvernement d'avoir subtilisé 5 % des suffrages et demandé l'annulation du scrutin. Ce qui lui a été refusé.
Malgré le lynchage médiatique dirigé contre le maire de Bucarest par les médias, en grande majorité soumis au gouvernement, M. Basescu a réussi à conquérir le cœur des Roumains. Il fait partie de ces hommes qui, au lieu de plier sous les coups, en sort renforcé. "Un marin a une autre notion du risque qu'un homme élevé sur la terre ferme, confie-t-il. En politique, comme sur la mer, il faut avoir un cap et s'y tenir. La mer, comme la nature en général, a des règles très strictes, très dures, mais honnêtes. C'est une lutte à la vie et à la mort que je préférerai toujours à la lutte politique. Mon secret ? Je ne sais pas, je dis ce que je pense et je crois à ce que je dis."
L'arrivée de Traian Basescu à la présidence constitue la deuxième alternance depuis la chute du régime communiste il y a quinze ans.
Contrôlée par l'apparatchik Ion Iliescu, l'homme qui a fait tomber et fusiller le dictateur Nicolae Ceausescu, la Roumanie avait tenté un premier virage politique de 1996 à 2000. Mais la coalition de centre-droit, dirigée par le chrétien-démocrate Emil Constantinescu, avait échoué sur le chemin des réformes et permis le retour d'Ion Iliescu.
La défaite de l'héritier de ce dernier, Adrian Nastase, dimanche, met fin au destin politique de l'homme qui a dominé la scène politique roumaine depuis la chute du Conducator.
Ion Iliescu, qui comptait reprendre la direction du Parti social-démocrate et celle du Sénat, envisageait de continuer à diriger indirectement le destin de son pays. La victoire de Traian Basescu change la donne, d'autant que le président élu a l'intention de confier la formation du gouvernement à Calin Popescu-Tariceanu, leader du Parti libéral.
Une alliance avec le parti de la minorité hongroise et une autre petite formation politique social-libérale permettra à M. Basescu d'installer un gouvernement réformiste dont la priorité sera de sécuriser l'adhésion de la Roumanie à l'UE. Loin de leur promettre monts et merveilles, il invite ses compatriotes à se solidariser autour de l'aventure européenne. Son rêve est de "voir les Roumains enfin sourire".
Mirel Bran
Publicado por esta às dezembro 16, 2004 10:34 AM