« Les Européens s'apprêtent à dire oui à des négociations avec la Turquie | Entrada | Les eurodéputés donnent un signal clair en acceptant l'ouverture de négociations avec la Turquie »
dezembro 16, 2004
La Turquie attire toujours plus les entreprises suisses
[Fonte:Le Temps]
OPPORTUNITES. Avec ses plus importantes sociétés déjà présentes sur ce carrefour entre l'Europe et l'Asie, la Suisse est le sixième investisseur et le septième exportateur en Turquie. Berne voit la place économique turque d'un bon œil et la confiance en ce pays ira en grandissant en cas d'ouverture de négociations avec Bruxelles.
Ram Etwareea
Jeudi 16 décembre 2004
Nestlé, la multinationale suisse de l'alimentation, est présente en Turquie depuis plusieurs décennies. Quatre usines fabriquent boissons, produits laitiers, plats cuisinés, chocolats et pâtisseries. Nestlé Turquie importe aussi des médicaments et aliments pour animaux domestiques. «Mais par rapport au potentiel du marché turc, nous ne sommes qu'au début de notre implantation», déclare François-Xavier Perroud, porte-parole du géant veveysan. Le pays, avec ses 70 millions d'habitants et un pouvoir d'achat en croissance, constitue un marché prometteur.
De par sa situation géographique au carrefour entre l'Orient et l'Occident, la Turquie est une formidable tête de pont pour desservir toute l'Asie centrale. Nestlé exporte ses produits «Made in Turkey» dans les pays turcophones comme le Turkménistan, l'Azerbaïdjan ou encore l'Ouzbékistan. «Il y a certes des problèmes de bureaucratie ou de corruption, comme dans beaucoup de pays. Mais, dans l'ensemble, la Turquie a pris une option sur la modernité. Son désir de se joindre à l'Union européenne (UE) démontre qu'elle a envie de maîtriser ces problèmes», affirme François-Xavier Perroud. Bref, Nestlé vote pour la candidature turque à l'UE.
Nestlé n'est pas la seule entreprise suisse à avoir pignon sur rue. Novartis, Roche, Clariant, ABB, Ciba, Swissôtel, Firmenich, Givaudan, Syngenta, UBS, Credit Suisse y sont installés depuis de nombreuses années. Selon Rodolfo Laub, chef du secteur Relations bilatérales Europe-Asie centrale au sein du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), la Turquie, qui est à quelques heures de vol de Genève ou de Zurich, offre de grandes opportunités. Avec un total de 2,3 milliards de francs, la Suisse est le sixième investisseur étranger dans l'économie turque et tout indique que les capitaux continueront à y affluer. Le pays est également un grand client du label «Swiss Made», notamment de machines, de produits pharmaceutiques et chimiques, de montres et de textiles. Septième fournisseur, la Suisse a exporté pour 1,6 milliard de francs en 2003.
Côté importations, c'est quatre fois moins. «La Suisse est un petit marché pour les producteurs turcs», fait remarquer Marcel Cavaliero, président de la Chambre de commerce et de l'industrie Suisse-Turquie, basée à Genève. De même, les investisseurs turcs ne sont pas nombreux en Suisse, quand bien même deux banques turques – la Finans Bank Suisse SA et la IS Bank – ainsi que quelques autres entreprises de services sont installées à Genève et à Zurich. En réalité, il y a même eu un désinvestissement ces dernières années: 42 millions de francs en 2002, contre 155 millions en 1999. Deux usines de tissage ont cessé leurs activités à cause de coûts de production élevés. «La principale tâche de la Chambre, c'est de convaincre les milieux politiques et économiques des possibilités de faire des affaires en Turquie», explique-t-il.
Berne voit la place économique turque d'un bon œil. Depuis janvier 2004, la Garantie contre les risques aux exportations (GRE) a abaissé la catégorie de risques pour ce pays. A la fin 2003, ses engagements s'élevaient à 8,9 milliards de francs, ce qui fait de la Turquie son principal pays bénéficiaire, avec une part de 13%. Un accord de libre-échange entre les deux pays est en vigueur depuis 1992, et un accord sur la protection des investissements depuis 1990. Par ailleurs, une vieille convention de commerce lie les deux pays depuis 1930.
Marcel Cavaliero ne voit pas d'incidence immédiate sur les relations économiques Suisse-Turquie au cas où Bruxelles ouvrirait des négociations pour l'adhésion turque à l'UE. «Mais, au fur et à mesure que les négociations avancent et si elles sont favorables, la confiance dans l'économie turque ira en grandissant», prédit-il. Il fait remarquer que la Turquie a renoué avec la stabilité politique, poursuit un ambitieux programme de réformes économiques et est plus compétitive que l'ensemble des pays européens. «Les hommes d'affaires suisses devraient pouvoir prendre des participations dans des entreprises turques», encourage-t-il.
Syndicaliste turc réfugié en Suisse et économiste auprès du Syndicat industrie et bâtiment (SIB), Murad Akincilar est assez sceptique à l'idée de l'adhésion de son pays à l'UE. En revanche, il estime que l'ouverture des négociations aura un impact positif sur le respect des clauses sociales dans l'industrie turque. Dans le passé, certaines entreprises suisses ont profité des bas salaires et des lois de travail trop permissives. Il estime que la métallurgie et le textile emploient encore un million d'enfants. «La place économique turque a besoin d'un saut qualitatif au niveau tant humain que technologique. Et l'ouverture des négociations avec l'UE pourrait l'aider dans ce sens», dit-il.
Publicado por esta às dezembro 16, 2004 09:51 AM