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dezembro 14, 2004

Erdogan: appel à l'UE, fermeté sur les demandes turques

Fonte: France Press

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a lancé mardi un vibrant appel aux dirigeants européens deux jours avant le début de leur sommet de Bruxelles, leur rappelant que l'objectif à terme d'Ankara était l'"adhésion pleine" à l'Union européenne (UE) et rien d'autre.
"Nous n'accepterons aucune autre perspective qu'une adhésion pleine", a-t-il déclaré dans un discours devant le groupe parlementaire de son parti de la Justice et du Développement (AKP).
"J'espère que l'UE ne signera pas une erreur historique qui affaiblirait ses propres fondations", a ajouté M. Erdogan, qui a affirmé que son pays avait fait tout ce qui lui incombait, notamment en adoptant les critères démocratiques dits de Copenhague.
"Maintenant, c'est à l'UE d'assumer ses responsabilités. Nous n'avons rien laissé d'incomplet sur la table", a souligné M. Erdogan.
Il a également réitéré que la Turquie, pays musulman de plus de 70 millions d'habitants, n'accepterait pas de se voir imposer "de nouvelles conditions" pour débuter les discussions.
"Nous n'accepterons pas une telle chose", a-t-il dit, récusant avec force l'idée d'un "partenariat privilégié" comme alternative à un échec des futurs pourparlers d'intégration.
Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE devraient donner en fin de semaine au sommet de Bruxelles un feu vert au lancement de ces négociations mais assortir leur décision de conditions strictes tout en précisant que les pourparlers dureront probablement plus d'une décennie.
M. Erdogan doit recevoir mardi les ambassadeurs des Etats de l'UE lors d'un déjeuner de travail. Il se rendra mercredi à Bruxelles en compagnie de son ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gul.
Lors de son discours plusieurs fois interrompu par des ovations M. Erdogan s'en est aussi pris à des personnalités kurdes, dont la militante Leyla Zana, qui ont publié un appel dans la presse internationale pour demander davantage de droits pour les Kurdes en Turquie et réclamé implicitement une autonomie.
Après une ultime visite de M. Erdogan à Bruxelles la semaine dernière, la question de la date d'ouverture des pourparlers reste toujours en suspens et sera tranchée au dernier moment par les chefs d'Etat et de gouvernement.
Dans les coulisses bruxelloises, la date d'octobre 2005 circule avec insistance. M. Erdogan la souhaite pour le premier semestre de l'an prochain.
La question de l'adhésion turque à l'UE devrait figurer au centre des discussions à Bruxelles alors que les positions continuent de s'opposer, entre les Etats très favorables à l'intégration de la Turquie et ceux qui sont prudents, comme la France, voire réticents, comme l'Autriche.
Lundi à Bruxelles, les ministres des principaux partisans de l'intégration de la Turquie, comme le Royaume-Uni, les pays nordiques ou l'Allemagne, ont pris la défense d'Ankara en exprimant leurs réticences face à des clauses spéciales dites "de sauvegarde permanente".
Ces clauses privant la Turquie de certains bénéfices de l'intégration au cas où elle ne remplirait pas certains critères lui seraient imposées sur le long terme, alors qu'elles n'étaient que temporaires pour les élargissements précédents.
Aussi, fait sans précédent, si l'UE décide d'ouvrir des pourparlers d'adhésion avec la Turquie, elle le fera avec un pays qui ne reconnaît pas l'un de ses membres.
En effet, La Turquie ne reconnaît pas la République de Chypre (chypriotes-grecs). Elle reconnaît en revanche la République turque de Chypre Nord (RTCN), entité chypriote-turque non reconnue internationalement.
"En voulant négocier avec l'UE, Ankara a en fait déjà reconnu de facto (la République de) Chypre", a estimé un diplomate européen à Ankara, estimant que la Turquie devra, à terme, normaliser ses relations avec les chypriotes-grecs.
En France, le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, a déclaré mardi devant les députés que la France poserait "toutes les questions, notamment celle du génocide arménien" lors des négociations pour une adhésion de la Turquie à l'UE, prononçant pour la première fois le terme de "génocide".
Il avait jusqu'ici utilisé le terme de "tragédie", à propos de cette page d'histoire.
M. Barnier a souligné que "la France veut tenir un langage de vérité à l'égard de ce pays" (la Turquie, ndlr). "Toutes les questions seront posées, tous les problèmes seront soulevés et c'est le cas en particulier de cette tragédie", a-t-il dit. Le ministre a souligné qu'il "n'oubliait pas que votre assemblée à l'unanimité a qualifié cette tragédie de génocide en 2001", en rappelant que la Turquie avait "martyrisé des centaines de milliers d'Arméniens".
Il a souligné que la France, dont l'opinion publique est réticente face à l'entrée de la Turquie, veut également qu'il soit bien acquis que "le résultat des négociations n'est pas écrit d'avance". L'hypothèse "où l'on ne parviendrait pas à l'adhésion" doit être "prévue" par les 25 au moment où ils lanceront les pourparlers. "Une autre option" que l'adhésion doit être prévue, a-t-il estimé.

Publicado por esta às dezembro 14, 2004 04:42 PM