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dezembro 15, 2004

Chirac, un VRP isolé pour Ankara

[Fonte:Liberation]
Ce soir, il défendra une adhésion à l'Union européenne contestée jusque dans sa majorité.

Par Vanessa SCHNEIDER
mercredi 15 décembre 2004 (Liberation - 06:00)


Jacques Chirac teste le service avant-vente. Ce soir, il tentera sur TF1 de rassurer les Français à la veille du conseil européen à Bruxelles sur l'ouverture des négociations pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. L'exercice est délicat, à quelques mois du référendum sur la Constitution européenne, qui risque de servir de défouloir à tous ceux qui sont hostiles à l'entrée d'Ankara. Défenseur de l'adhésion turque, le chef de l'Etat se sait isolé sur cette question au sein même de sa majorité.

L'UDF et l'UMP sont farouchement contre. Une opposition que ne manquera pas de marteler son rival Nicolas Sarkozy. Sans compter le combat qu'entendent mener l'extrême droite et les souverainistes emmenés par Philippe de Villiers. L'ancien président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, s'est aussi déclaré «personnellement contre l'entrée de la Turquie dans le système européen». A gauche, si le PCF et les Verts sont pour, le dossier agite le PS. Son numéro 2, Laurent Fabius, a réaffirmé hier son opposition en soulignant que «la meilleure solution» était «un partenariat privilégié» entre l'UE et Ankara. François Hollande a, lui, estimé que «la position unanime des socialistes est qu'il faut ouvrir les négociations sans préjuger de la décision».

La question turque divise également fortement l'opinion publique. Selon un sondage publié lundi dans le Figaro, 54 % des Français sont favorables à l'ouverture de négociations, mais ils sont 67 % à être opposés à son adhésion. Une dichotomie sur laquelle compte jouer le chef de l'Etat. L'argumentaire élyséen tient en quatre points. 1) La Turquie a vocation à entrer dans l'Europe. 2) Il ne s'agit pour l'instant que d'une négociation qui durera des années et dans laquelle la France sera exigeante, notamment en matière de droits de l'homme. 3) Si la négociation n'aboutissait pas, il faudrait assurer un lien fort entre la Turquie et l'UE, une sorte de «troisième hypothèse» évoquée par Jacques Chirac. 4) Si, en revanche, elle aboutit, les Français seront de toute façon consultés par référendum.

Interpellé hier à l'Assemblée nationale dans le cadre des questions d'actualité, le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, a répété qu'«il ne s'agit que de négociations. Ceux qui disent le contraire ou qui font croire aux Français qu'il s'agirait demain matin, et même après-demain matin, que la Turquie entre dans l'Union, ceux-là ne disent pas la vérité». Et d'ajouter : «Nous poserons toutes les questions, notamment celle du génocide arménien, notamment celle de Chypre, au long de cette négociation, pour obtenir des réponses que nous ne pourrons pas obtenir dès le lendemain matin.» Jusqu'à présent, Barnier préférait utiliser le terme de «tragédie» pour évoquer le génocide arménien. Un glissement sémantique qui n'est pas neutre. Pour bien montrer à l'opinion française qu'il prend au sérieux ses réticences, Chirac a, lui, fait savoir lundi qu'il avait fait part des «préoccupations» de la France au Premier ministre des Pays-Bas, Jan Peter Balkenende, qui assure la présidence de l'Union.

Publicado por esta às dezembro 15, 2004 08:55 AM