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dezembro 16, 2004

Chirac explique à des Français réticents son "oui, si" à la Turquie

Fonte: France Press

Le président Jacques Chirac s'est livré mercredi sur TF1 à un exercice de pédagogie pour expliquer à une opinion publique française très réticente les raisons de son "oui, si" à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.L'événement
A la veille du Conseil européen de Bruxelles qui doit décider de l'ouverture de négociations d'adhésion avec Ankara, le chef de l'Etat s'est employé à faire partager sa conviction que l'Europe et la France ont tout intérêt à arrimer la Turquie à l'UE.
Personnellement favorable à cette adhésion, Jacques Chirac est confronté à une opinion largement hostile jusqu'à l'intérieur du gouvernement.
"La question qu'il faut se poser, c'est +est-ce que l'Europe, et notamment la France, ont ou non intérêt à ce que la Turquie les rejoigne?+ Ma réponse est oui, si", a déclaré le chef de l'Etat. "Oui, si la Turquie remplit naturellement la totalité des conditions qui s'imposent à tout candidat à notre union", a-t-il ajouté.
Pour justifier sa position, Jacques Chirac a invoqué "la paix et la stabilité", "l'enracinement de la démocratie" et le "développement économique et social". Un rejet de la Turquie représenterait "certainement un risque d'instabilité, d'insécurité à nos frontières", a-t-il dit.
Toutefois, a-t-il observé, la Turquie qui a fait "un effort considérable" pour se rapprocher de l'UE, est "loin du terme de cet effort" pour se conformer aux règles et aux valeurs européennes.
Jacques Chirac a aussi insisté sur la longueur des négociations d'adhésion ("10 ans, 15 ans, 20 ans") et sur le droit de chacun des 25 membres de l'UE de "tout arrêter" à tout moment.
Sans faire explicitement de la reconnaissance du génocide arménien une condition d'adhésion, il a demandé à la Turquie d'accomplir "un effort de mémoire important". En France, a-t-il noté, cette reconnaissance, "c'est la loi". En avril dernier, il avait jugé qu'il s'agissait d'une question "bilatérale" entre la Turquie et l'Arménie.
Cette question est très sensible en France où vit une communauté arménienne de 300 à 400.000 personnes. "Le drame" qu'elle a vécu "doit être respecté", a dit le chef de l'Etat.
Il a rejeté l'idée d'un partenariat privilégié UE-Turquie, réclamé par beaucoup de responsables politiques en France. Les Turcs "n'accepteront jamais" une telle solution après avoir consenti "des efforts aussi considérables" en direction de l'Europe.
Répondant à ceux qui craignent de voir un pays musulman de 70 millions d'habitants rejoindre le grand ensemble européen, il a fait valoir que la Turquie était "un pays laïc" depuis 1923 et mis en garde contre "la guerre des religions, des civilisations, des cultures".
Jacques Chirac a également justifié sa volonté de voir l'UE accueillir la Turquie par des considérations historico-géographiques. De tout temps, la Turquie "a été à la recherche d'un choix entre l'Asie et l'Europe", a-t-il dit. "Notre intérêt, c'est qu'elle penche vers l'Europe" et ses valeurs, "et non pas vers l'Asie" au risque de "générer de l'instabilité ou de l'insécurité pour l'Europe".
Le président de la République a répété qu'en tout état de cause, les Français auraient "le dernier mot" à l'issue des négociations, confirmant que la Constitution serait réformée pour rendre obligatoire un référendum sur la question.
Evoquant par ailleurs la ratification de la Constitution européenne, il n'a pas précisé la date du référendum, mais a souhaité qu'il ne soit pas "détourné de sa vocation" par des considérations de politique politicienne.
L'intervention télévisée de Jacques Chirac a été fraîchement accueillie par une partie de la droite française, tandis que la gauche se félicitait de la position du chef de l'Etat.
Reflétant un certain embarras de l'UMP, un communiqué d'Alain Lamassoure, secrétaire national de ce parti aux questions européennes, a souligné que le sommet européen doit prendre en compte "les réserves croissantes" des opinions publiques de nombreux états membres. "Le cycle de négociations qui va s'ouvrir ne doit pas se clore sur une solution qui ne serait pas acceptée et voulue par le peuple français", a-t-il dit. Le référendum sur la Turquie promis par Jacques Chirac en apportera selon lui "la garantie".
Exprimant sa "tristesse" et sa "colère", le président de l'UDF François Bayrou a regretté que l'option du partenariat privilégié ait été "rayée d'un trait de plume" par Jacques Chirac, dénonçant un système de décision "monarchique". Il a évoqué de "grandes menaces sur le résultat" du référendum prévu en 2005 pour ratifier la Constitution européenne dont il est partisan.
Au Parti Socialiste, Pierre Moscovici, ancien ministre des Affaires européennes, a estimé que "Jacques Chirac a raison contre Sarkozy, contre Bayrou", et a récusé l'idée de partenariat privilégié, qu'il a qualifiée d'"hypocrite".
M. Moscovici a qualifié d'"échappatoire" la promesse d'un référendum sur la Turquie dans dix ou quinze ans.
Le porte-parole du PS, Julien Dray, a estimé que la position de M. Chirac "apparaît comme un rappel à l'ordre à sa propre majorité divisée sur cette question". Il a estimé que le président "a repris à son compte la position déjà exprimée par le parti socialiste en octobre 2004".
Les Verts se sont également "félicités" que Jacques Chirac "se démarque clairement de l'UMP", et estimé que "le oui de la France" est "un grand pas vers la paix".
Pour sa part, le président du Front National Jean-Marie Le Pen a estimé que Jacques Chirac se pose en "partisan extrémiste" de l'adhésion de la Turquie à l'UE et parlé de "fanatisme euro-mondialiste".

Publicado por esta às dezembro 16, 2004 04:32 PM