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dezembro 27, 2004
Bruxelles ferme la porte à l'adhésion
[Fonte:Liberation]
L'UE se divise sur le type de relation à construire avec la nouvelle Ukraine.
Par Véronique SOULE
lundi 27 décembre 2004 (Liberation - 06:00)
L'Union européenne a incontestablement réussi sa médiation dans la crise ukrainienne. L'intervention de Javier Solana, le haut représentant pour la politique étrangère, aux côtés des présidents polonais et lituanien, a été décisive dans l'issue pacifique du conflit. La partie qui s'ouvre avec la victoire annoncée de Victor Iouchtchenko s'annonce autrement plus délicate : les Vingt-Cinq risquent de peiner à définir une politique cohérente à l'égard du nouveau régime ukrainien qui puisse satisfaire tous les Etats membres et répondre aux attentes de Kiev.
une chose est sûre : alors que Iouchtchenko a fait part de son souhait de voir l'Ukraine rejoindre un jour l'UE, Bruxelles ne fera aucune promesse mirobolante à Kiev, et surtout pas celle d'une adhésion future.
«La question n'est pas à l'ordre du jour», a récemment confié le vice-président de la Commission européenne, Gunther Verheugen, «seule la Pologne a évoqué le sujet», allusion à l'activisme de Varsovie en faveur d'un rapprochement avec son voisin oriental. En fait, la plupart des grands pays estiment que l'UE doit d'abord «digérer» l'arrivée des dix nouveaux membres bientôt rejoints par la Bulgarie et la Roumanie et passer l'obstacle de l'adoption de la Constitution.
Giron. Il sera toutefois difficile à Bruxelles d'en rester au service minimum dont il se contentait jusqu'ici à l'égard de Kiev. D'autant que les négociations d'adhésion avec la Turquie vont s'engager...
Face aux dérives autoritaires du président sortant Leonid Koutchma et à sa politique de plus en plus prorusse, l'UE s'était peu à peu détourné de l'Ukraine. A l'insistance de la Pologne, inquiète de voir son voisin retomber dans le giron russe, une «politique de voisinage» a été mise en place, censée proposer une coopération resserrée à sept «voisins» de l'Europe élargie. Outre la Moldavie, l'Ukraine s'y retrouve aux côtés du Maroc, de la Tunisie, de la Jordanie, d'Israël et de l'Autorité palestinienne... Dans les «plans d'action» élaborés dans ce cadre, l'UE n'évoque que de vagues avantages commerciaux et une libéralisation de la politique des visas en fonction des progrès démocratiques du pays. Emmenés par la Pologne, un certain nombre d'Etats la plupart des «nouveaux» issus du bloc communiste et les pays nordiques estiment qu'il faut aller plus loin. Sans parler d'adhésion, la nouvelle Ukraine démocratique mérite, à leurs yeux, de se voir offrir la perspective d'un partenariat privilégié avec l'UE. «L'Ukraine vient de montrer qu'elle avait fait le choix européen au détriment de l'intégration à la Russie, il faut l'encourager dans ce choix», plaidait l'analyste polonais Zdzyslaw Najder lors d'un séminaire à Paris du club Grande Europe. «Ce fut une vraie révolution civique qui pourrait devenir un modèle pour la Moldavie, la Biélorussie et pourquoi pas la Russie, complète l'expert slovaque Pavol Demes, il ne faut pas rater cette chance.»
Parasitage. En face, les grands pays, préoccupés par le coût financier de l'élargissement et les difficultés à gouverner l'Europe, plaident pour la prudence. Il faut, selon eux, trouver les moyens de «dynamiser» la relation UE-Ukraine, sans s'engager sur une perspective d'adhésion. La France et l'Allemagne, défenseurs du dialogue avec la Russie, tiennent à la ménager. Paris, qui redoute le «parasitage» du référendum sur la Constitution par la question turque, veut en outre éviter d'ouvrir un nouveau dossier. L'unanimité risque donc de se faire sur des gestes limités, d'autant qu'au-delà se profile la question de l'intégration de l'Ukraine à l'Otan, porteuse d'une vraie fracture au sein de l'UE entre pro-Américains et partisans d'une «Europe puissance».
Publicado por esta às dezembro 27, 2004 12:47 PM