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novembro 05, 2004
«Un défaut de gouvernance européenne»
[Fonte:Liberation]
André Sapir, professeur d'économie et auteur d'un rapport sur la croissance de l'Union :
«Un défaut de gouvernance européenne»
Par Jean QUATREMER
vendredi 05 novembre 2004 (Liberation - 06:00)
Bruxelles (UE) de notre correspondant
André Sapir, professeur d'économie à l'Université libre de Bruxelles, est l'un des auteurs du rapport controversé remis en juillet 2003 au président de la Commission européenne, Romano Prodi, et intitulé «Un agenda pour une Europe en croissance». Il estime que l'Agenda de Lisbonne reste plus pertinent que jamais pour permettre à l'Union de continuer à financer son modèle social.
L'Agenda de Lisbonne de 2000, bâti juste avant l'explosion de la bulle Internet, semble daté : l'avènement de la «société de l'information» est-il la clé de la croissance européenne ?
L'explosion de cette bulle spéculative n'est qu'un élément cyclique, une simple crise économique qui ne remet pas en cause le passage à la société de l'information. Certes, nous sommes en retard par rapport aux Etats-Unis, mais la société de l'information est désormais là, notamment en termes d'utilisation : il suffit de voir les investissements massifs qui ont été réalisés ces dernières années. En outre, Lisbonne c'est aussi la société de la connaissance, un élément qui reste fondamental à l'heure de la globalisation. Bref, l'analyse de Lisbonne ne me paraît pas datée, bien au contraire.
Lisbonne pariait sur une division internationale du travail qui ne s'est pas réalisée : ainsi, les pays émergents comme l'Inde ou la Chine forment une main-d'oeuvre extrêmement qualifiée qui entre en concurrence avec celle de l'Union.
C'est exact. Mais cette accélération de la globalisation, c'est-à-dire l'accélération de la capacité d'un certain nombre de pays, en particulier d'Asie, à assimiler la technologie, montre à quel point il est urgent d'améliorer notre capacité d'ajustement et notre capital humain.
Qui est responsable de cette panne ?
Les dysfonctionnements de Lisbonne sont dus au système de gouvernance lui-même et non à la Commission ou aux Etats membres. Quand tout le monde est responsable de tout, on risque en fin de compte que personne ne soit responsable de rien. Cela a été la grande faiblesse de Lisbonne : on n'a pas encore trouvé la clé pour faire fonctionner un système qui est fondé sur la coordination volontaire et non sur la contrainte.
L'une des plus grandes faillites de Lisbonne est l'incapacité des Etats à consacrer 3 % de leur PIB à la recherche (1).
Les dépenses publiques européennes en matière de recherche sont-elles vraiment efficaces ? Il me semble indispensable de dépenser moins mais mieux, notamment en transférant davantage au niveau communautaire, ce qui éviterait, par exemple, les doublons entre les programmes des différents pays. Du côté des entreprises, il faut bien voir que leurs décisions d'investissement dépendent de l'environnement économique dans lequel elles évoluent. Or l'un des objectifs de Lisbonne est justement de l'améliorer afin de le rendre plus incitatif, par exemple en achevant le marché unique. Cela, nous n'y sommes pas encore parvenus...
(1) Les Etats européens consacrent un budget un peu plus important à la recherche que les Etats-Unis
(1,1 % contre 0,8 %) mais les entreprises européennes investissent, elles, beaucoup moins dans la recherche
Publicado por esta às novembro 5, 2004 01:57 PM