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novembro 08, 2004

Oui ou non, le jour d'après au PS

[Fonte:Liberation]
Les scénarios envisagés au lendemain de la consultation interne sur le traité européen.

Par Paul QUINIO
lundi 08 novembre 2004 (Liberation - 06:00)

Rue de Solférino, siège du Parti socialiste à Paris. On est le 2 décembre, le lendemain de la consultation des militants sur le traité constitutionnel européen. Il est 12 h 30 ; François Hollande s'adresse à la presse. Le premier secrétaire du PS sait depuis quelques heures que le non l'a emporté d'une courte tête. D'une voix blanche, il annonce la tenue d'un congrès extraordinaire pour mars 2005. Un peu plus loin, dans son bureau de l'Assemblée nationale, Laurent Fabius est au téléphone avec Manuel Valls, député de l'Essonne, lui aussi militant du non et soupçonné au PS de vouloir devenir calife à la place du calife. Dominique Strauss-Kahn s'est enfermé dans ses locaux de la rue de La Planche, dans le VIIe arrondissement. Quant à l'ex-ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant, il est depuis 10 h 30 rue du Regard, chez Lionel Jospin. Martine Aubry, dans le train Lille-Paris, peste contre Marc Dolez, le responsable de la fédération du Nord dont le non a pesé si lourd. Dans un café du boulevard Saint-Germain, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, les deux leaders du Nouveau Parti socialiste, s'engueulent devant Henri Emmanuelli, patron de Nouveau Monde.

«Désavoué». Toute ressemblance avec des dirigeants du PS n'est pas fortuite. Et la victoire du non, alors que tout le monde s'accorde au Parti socialiste à considérer que le résultat sera serré, n'est pas une vue de l'esprit. C'est, de tous les scénarios post-1er décembre, celui qui ouvre le plus d'incertitudes au PS.

Les opposants au traité s'en défendent. A la question de savoir si une victoire du non entraînera la démission de François Hollande, Laurent Fabius, hier dans le JDD, répondait par la négative : «Nos débats de fond ne doivent pas avoir d'incidence sur le fonctionnement» du PS. «Si à chaque fois qu'on vote, il faut changer de direction...», s'emportait aussi vendredi Vincent Peillon. «Il ne se passera rien», prédit Claude Bartolone, proche de Fabius.

Hier soir sur TF1, Dominique Strauss-Kahn a pronostiqué «une vraie crise pour le PS» en cas de victoire du non. «C'est une plaisanterie de penser qu'un vote négatif n'aurait aucun impact», a aussi indiqué, sur Radio J, Ségolène Royal, en demandant à Laurent Fabius d'avoir «le courage de la clarté». «Il n'y a pas de non tranquille», prévient également l'entourage de François Hollande. «La victoire du non ne sera pas sans conséquences sur la direction, sur le premier secrétaire. Ce n'est pas rien d'être désavoué sur une question comme celle-là.» Les hollandais insistent surtout sur le changement de ligne politique qu'induira la victoire du non. «Le projet pour 2007 se fera sur d'autres bases. Hollande aura du mal à le conduire», prévient un proche du député de la Corrèze en anticipant sur le «retour sur investissement» que ne manqueront pas de réclamer les courants minoritaires. «Soit il y aura un affrontement entre les partisans du non si Fabius décide de rester à l'écart de toute alliance, soit il prendra la main pour construire un attelage dont la solidité sera aléatoire.»

Hollande ne privilégie évidemment pas l'hypothèse d'une victoire du non. Il a même déjà prévu d'opérer «un remaniement technique» au sein de la direction si le oui l'emporte. «Il faudra que l'équipe se resserre autour de François Hollande», confirme un membre de la direction. Le poste de numéro 2, celui de Laurent Fabius, est-il considéré comme «technique» ? Cela dépendra sans doute de l'ampleur du oui. Largement battu, Fabius lui-même pourrait être tenté par une position de repli, en attendant le référendum national et un éventuel non des Français qui lui permettrait de rebondir.

«Coupé en deux». En cas de scénario «à la Maastricht», celui d'une très très courte victoire du oui, «le parti sera coupé en deux. François Hollande ne pourra pas aller au bout du rapport de force, prédit un fabiusien. Tout le monde sera obligé de travailler ensemble». Ce scénario plairait sans doute à Dominique Strauss-Kahn, puisqu'il affaiblirait Hollande sans que Fabius puisse vraiment en profiter.

Quant à une très très courte victoire du non, «c'est la porte ouverte aux appels à Jospin», pronostique un dirigeant du PS. Normal donc que Daniel Vaillant, en ce jeudi 2 décembre, soit déjà rue du Regard à 10 h 30.


Publicado por esta às novembro 8, 2004 11:11 AM