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novembro 25, 2004

L'Europe affiche ses prétentions face à la Russie

Fonte: Le Figaro

L'Europe affiche ses prétentions face à la Russie

Bruxelles : de notre correspondant Pierre Avril
[25 novembre 2004]


L'Ukraine, pays de 50 millions d'habitants coincé entre l'Union européenne et la Russie, occupe une position trop stratégique pour que Bruxelles s'en désintéresse. Après une journée de flottement, l'Union européenne a décidé de s'impliquer clairement dans le dossier ukrainien, quitte à contrarier le président russe Vladimir Poutine qui, très tôt, avait entériné la victoire de «son» candidat, Viktor Ianoukovitch. Cette victoire a été confirmée hier soir par la commission électorale ukrainienne – elle-même contestée – mais à la différence du chef du Kremlin, l'UE prend bien soin de rester neutre, préférant insister sur les enjeux «démocratiques» du scrutin.


Pour ce faire, les dirigeants européens n'ont pas pris de gants. «Nous ne pouvons pas accepter un résultat frauduleux, notre position doit être claire», a déclaré hier le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, soulignant au passage que la «fédération russe» avait «ouvertement soutenu un des candidats». Il a appelé à trouver «une solution politique négociée».


A son tour, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a averti que les relations entre l'UE et l'Ukraine souffriraient «en l'absence d'une révision sérieuse et objective des résultats de l'élection». La question, a-t-il ajouté, sera abordée de «manière explicite» lors du sommet Europe-Russie qui se déroulera aujourd'hui à La Haye.


A côté de ce problème politique, le principal objectif des dirigeants européens est d'éviter que la situation ne dégénère à Kiev. Hier, les appels à un règlement «pacifique» de la crise se sont multipliés. «Le problème maintenant est de garder la situation sous contrôle», explique un diplomate européen, et de créer des conditions propices à une reprise du dialogue entre les deux candidats. Le candidat de l'opposition, Victor Ioutchenko, a demandé l'organisation d'un second tour. Au-delà de la crise immédiate, les dirigeants européens s'inquiètent de la division politique qui prévaut dans le pays, opposant les pro-Occidentaux, à l'ouest, aux pro-Russes, à l'est.


Dans cette bataille, l'Europe prend d'ailleurs bien soin de ne pas afficher ses préférences ad hominem. Le temps où la présidence néerlandaise de l'Union déclarait «espérer» une victoire du pro-européen Ioutchenko est révolu. «Le débat ne tourne pas autour de l'alternative Russie-Europe. Nous parlons d'abord de démocratie», insiste un diplomate polonais. En privé, plusieurs observateurs revenus d'Ukraine reconnaissent d'ailleurs la défaite de Ioutchenko. «Maintenant, ce dernier devrait avoir comme priorité de créer une perspective pour l'opposition dans ce pays», explique un eurodéputé polonais. En choisissant de rester neutre, l'UE évite de prêter le flanc à la critique du Kremlin qui l'accusait hier de jouer le jeu de l'opposition en Ukraine. Plusieurs diplomates soulignent que Vladimir Poutine a joué un rôle dangereux en adoubant prématurément Victor Ianoukovitch.


A la veille du sommet UE-Russie, ils considèrent que le patron du Kremlin se retrouve en position de faiblesse. «A La Haye, il serait mal inspiré de parler du problème de la minorité russophone dans les pays Baltes», expliquait hier un diplomate européen.


De son côté, Javier Solana insistait sur le fait que «l'Ukraine est fondamentale pour l'UE». Et le chef de la diplomatie européenne appelait à «un partenariat plus étroit en vue du succès de la politique européenne de voisinage». Or Moscou conteste cette fameuse politique de voisinage qui vient empiéter sur son pré carré et contrarie ses ambitions hégémoniques dans la région. Cet affrontement est appelé à dominer le sommet de La Haye.


Publicado por esta às novembro 25, 2004 02:56 PM