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novembro 19, 2004
L'Europarlement soutient la Commission européenne à contrecoeur
Fonte : le figaro
UNION EUROPÉENNE La nouvelle équipe de José Manuel Barroso recueille 66% des voix
L'Europarlement soutient la Commission européenne à contrecoeur
Strasbourg : de notre envoyé spécial Pierre Avril
[19 novembre 2004]
C'est un Parlement un peu schizophrénique qui a adoubé hier le collège du futur président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. L'investiture a été accordée à une large majorité de 449 voix sur un total de 732, soit 66% des suffrages. Socialistes, conservateurs et libéraux réunis ont guidé la marche. Mais les eurodéputés, toutes tendances politiques confondues, sont restés sur leur faim. 149 d'entre eux ont voté contre et 82 se sont abstenus. Le successeur de Romano Prodi a fait mine d'ignorer les mouvements d'humeur des parlementaires, qui se sont plus exprimés dans l'hémicycle que dans les urnes. «Il s'agit d'un appui fort. C'est un résultat merveilleux. Je suis honoré et enchanté», a déclaré José Manuel Barroso. Ce dernier a obtenu davantage de voix qu'en juillet dernier (413) à l'époque où les députés se prononçaient sur sa seule personne, et non pas comme aujourd'hui sur son équipe.
Or, paradoxalement, c'est la composition de son collège, remanié après la crise institutionnelle inédite du 27 octobre, qui continuait hier à susciter des réticences. Deux nouveaux commissaires, seulement, ont été désignés, l'Italien Franco Frattini et le Letton Andris Pielbags. Le Hongrois Laszlo Kovacs a simplement été muté, et sans la pression de Budapest, aurait déjà quitté Bruxelles. La commissaire néerlandaise à la concurrence, Neelie Kroes, qui a dû son salut à l'insistance de son gouvernement (libéral), continue à être largement critiquée, y compris à droite. Nombre de députés conservateurs reprochent à Laszlo Kovas, soit son incompétence, soit son passé communiste... Au final, 449 députés ont finalement apporté leur soutien à Barroso, mais plusieurs d'entre eux ont voté avec leurs pieds. «L'hypocrisie est au pouvoir», a dénoncé le Vert Dany Cohn-Bendit, estimant qu'il existait, contrairement aux résultats des urnes, une «majorité» parlementaire hostile à la nouvelle commission. «Votre investiture est un succès en trompe-l'oeil», a renchéri le communiste Francis Wurtz.
La clé de cette contradiction réside dans le fragile équilibre institutionnel qui prévaut à Bruxelles, ainsi que dans les talents manoeuvriers du futur président. Selon les traités, les capitales ont le pouvoir exclusif de désigner leurs commissaires et négocient leur affectation avec le président de la commission. Le Parlement, lui, peut révoquer le collège dans son ensemble, mais pas ses membres à titre individuel. Hier, l'ancien maoïste José Manuel Barroso a donc cherché à exploiter la faiblesse politique qui caractérise selon lui tout président de la commission. «Ce dernier a les mains liées», a-il confessé, ajoutant qu'il ne s'en «plaignait pas». Tour à tour, il a mis en cause les gouvernements, dont «certains ont plus collaboré que d'autres» dans la composition du collège, les parlementaires, dont il a souligné les «contradictions», et rejeté certaines responsabilités sur ses commissaires.
Ainsi, la nomination de Rocco Buttiglione, l'homme par qui le scandale est arrivé, constituait aux yeux de Barroso un pis-aller : «Mon premier choix à ce poste était [le Français, NDLR] Jacques Barrot, mais en juillet ce dernier a refusé et j'ai dû alors considérer d'autres options.» Le commissaire français n'avait jamais caché cet épisode, mais, face aux critiques, José Manuel Barroso a choisi hier de le rendre public. De même, il a placé en porte-à-faux le président du groupe libéral démocrate (ADLE), Graham Watson, favorable à la nomination de Neelie Kroes, alors que certains des membres de sa formation y étaient hostiles. «Il a cherché à mettre la m... dans notre groupe», a lâché, furieux, Graham Watson.
Pour sa part, Dany Cohn-Bendit a critiqué la duplicité qui caractérise selon lui le futur président. «En juillet, vous avez dit non à Schröder et à Chirac qui revendiquaient un poste de supercommissaire et aujourd'hui, vous dites oui au premier ministre néerlandais lorsqu'il soutient Neelie Kroes», a lancé le député vert. «Barroso se montre aimable avec les gens lorsqu'il a besoin d'eux et les ignore dès lors qu'ils ne lui sont plus nécessaires», expliquait pour sa part un responsable socialiste. Enfin, le groupe PPE, première force à Strasbourg, s'est contenté, face à son poulain politique, du service minimum. Officiellement hier, les dirigeants parlementaires s'efforçaient de convaincre les «citoyens européens» que la commission «sortait plus forte» de cette crise, le Parlement «plus crédible» et le conseil plus «efficace».
Publicado por esta às novembro 19, 2004 10:23 AM