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novembro 25, 2004

Les Européens haussent le ton à la veille d'un sommet crucial

Fonte: Le Monde


La rencontre Russie-UE, jeudi, marquera une étape de la lutte d'influence qui se joue en Ukraine.

La situation en Ukraine sera l'un des grands thèmes de discussion, jeudi 25 novembre à La Haye, du sommet qui réunit deux fois par an les représentants de l'Union européenne et de la Russie. Prévue initialement le 11 novembre, cette réunion avait été reportée de quinze jours à la demande de Vladimir Poutine, officiellement parce que le président russe souhaitait rencontrer le nouveau président de la Commission, José Manuel Durao Barroso, dont l'entrée en fonctions avait été retardée, officieusement parce qu'il était mécontent de l'état des négociations.

L'un des principaux sujets de controverse concerne précisément l'attitude des Européens à l'égard des pays qui faisaient anciennement partie de l'Union soviétique et qui, à l'exception des Etats baltes, n'ont pas adhéré à l'Union européenne. L'Ukraine est l'un d'entre eux.

L'Union européenne tente de mettre en place avec ces pays une politique dite de voisinage, qui consiste à leur offrir un "partenariat privilégié". Celui-ci doit prendre la forme de "plans d'action" qui assurent à ses bénéficiaires, indique-t-on à Bruxelles, la plupart des avantages de l'adhésion sans aller jusqu'à leur proposer d'entrer dans l'Union.

Relancée au printemps 2004, après l'arrivée des dix nouveaux Etats membres, cette politique, censée fixer les frontières de l'Union, doit permettre, selon ses promoteurs, de ne pas dresser de nouvelles barrières entre les pays qui sont invités à y entrer et ceux qui n'y sont pas admis.

En contrepartie, les Etats qui sont appelés à bénéficier de ces actions communes, dans plusieurs domaines, politique, économique, judiciaire, s'engagent à respecter la démocratie, l'Etat de droit, les droits de l'homme, l'économie de marché. Même si les plans d'action n'ont pas encore été formellement adoptés, en particulier avec l'Ukraine, l'Union européenne s'estime fondée à s'inquiéter du grave manquement à la démocratie que représenterait une fraude électorale à grande échelle.

Cette question n'a pas cessé de la préoccuper. A l'issue du dernier sommet entre l'Union européenne et l'Ukraine, le 8 juillet, les deux parties soulignaient l'importance qu'elles attachent au déroulement démocratique de l'élection présidentielle, "en accord avec les normes internationales, y compris en ce qui concerne les médias". Au lendemain du premier tour, le 1er novembre, la présidence néerlandaise de l'Union regrettait que les "normes démocratiques" n'aient pas été respectées et constatait que "les conditions garantissant la libre expression de l'opinion des électeurs dans leur choix des candidats n'ont pas été réunies". Le Conseil européen, le 5 novembre, regrettait également que le premier tour "n'ait pas respecté les normes internationales en matière d'élections démocratiques".

PARTENARIAT STRATÉGIQUE

Au lendemain du second tour, la réaction de Bruxelles n'a pas été moins ferme. Le ministre néerlandais des affaires étrangères a fait part de la "grave préoccupation"des ministres européens des affaires étrangères, réunis lundi 22 novembre à Bruxelles, en notant que ces élections ne s'étaient pas déroulées conformément aux normes internationales. Mardi 23, la Commission européenne s'est associée à cette déclaration. Le premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, a fait part au président du Parlement ukrainien de "ses doutes" sur la victoire présumée du premier ministre sortant, Viktor Ianoukovitch, sur son opposant pro-occidental, Viktor Iouchtchenko.

L'Union européenne demande aux autorités de Kiev d'"agir avec retenue" et invite toutes les parties à "s'exprimer dans la non-violence". Bruxelles, souligne un haut fonctionnaire européen, a choisi de négocier avec le gouvernement légitime, au lieu d'aider et d'encourager l'opposition, comme elle le fait en Biélorussie. Cette attitude pourrait changer si une reprise en mains autoritaire se dessinait également en Ukraine.

La Russie considère avec beaucoup de méfiance la politique de voisinage conduite par Bruxelles à l'égard de pays qu'elle regarde comme sa chasse gardée. Elle refuse toute perspective de coopération avec l'Union européenne sur cette question. C'est l'une des raisons du blocage des négociations. Le partenariat stratégique entre Moscou et Bruxelles qui fait l'objet des discussions actuelles comporte en effet quatre domaines de coopération, appelés dans le jargon des négociateurs quatre "espaces communs", dont l'un concerne la sécurité extérieure et, en particulier, l'attitude des deux parties à l'égard de leurs voisins communs.

La Russie ne peut pas empêcher l'Union de s'intéresser à l'Ukraine, explique un diplomate, mais elle n'accepte pas d'agir avec elle dans un voisinage qu'elle tient pour un terrain réservé. La bataille pour la présidence ukrainienne témoigne de la lutte d'influence que se livrent sur place la Russie et l'Union européenne. Le sommet de La Haye devrait permettre d'en mesurer une fois de plus l'intensité.

Thomas Ferenczi

Publicado por esta às novembro 25, 2004 09:47 AM