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novembro 18, 2004
Le Parlement européen investit la Commission avec la raison plus qu'avec le cœur
[Fonte:Liberation]
Si Barroso a obtenu la quasi-unanimité chez les conservateurs, les socialistes et les libéraux qui l'ont soutenu ont surtout eu le souci d'éviter une nouvelle crise.
Par JEAN QUATREMER
jeudi 18 novembre 2004 (Liberation.fr - 18:57)
Strasbourg (UE), envoyé spécial
Au travail ! La Commission européenne présidée par José Manuel Durao Barroso va pouvoir débuter son mandat de cinq ans lundi, avec trois semaines de retard sur le calendrier prévu. Le Parlement européen lui a en effet accordé jeudi l'investiture qu'elle se préparait à lui refuser le 27 octobre, par 449 voix contre 149 et 82 abstentions, 52 députés n'ayant pas pris part au vote. C'est un succès pour l'ex Premier ministre portugais, puisqu'il accroît son score personnel de 36 voix : le 22 juillet, il avait été élu, à bulletins secrets, par 413 voix contre 251 et 44 abstentions. «Le Parlement européen vient de donner un appui fort à la Commission, s'est-il réjoui. La démocratie est devenue plus mûre.»
José Barroso a obtenu l'appui quasi unanime des conservateurs du PPE-DE (hormis les conservateurs britanniques eurosceptiques qui ont choisi l'abstention), mais aussi celui des deux tiers des socialistes, second groupe derrière le PPE-DE, et des deux tiers des démocrates et libéraux (ADLE). Le PS français a voté contre la Commission alors que ses partenaires italiens, grecs et une partie des Portugais et des Néerlandais se sont abstenus. Côté ADLE, ce sont les Français de l'UDF et les Italiens de la Marguerite qui ont fait défection.
Mais ces chiffres sont trompeurs. Autant les investitures des précédentes Commission ont été obtenues dans l'enthousiasme, autant celle du collège présidée par Barroso s'est opéré à contrecœur, les eurodéputés, en particulier socialistes et libéraux, ayant surtout eu le souci d'éviter une nouvelle crise. Daniel Cohn-Bendit, le président du groupe Vert, a d'ailleurs violemment dénoncé «l'hypocrisie au pouvoir « alors qu'il y a trois semaines, « l'imagination était au pouvoir» : «Je regrette que beaucoup de sceptiques n'aient pas été jusqu'au bout de leurs idées.»
«La procédure d'approbation de votre Commission ne s'achève pas aujourd'hui, a tenu à préciser Graham Watson, le président du groupe ADLE. Vous avez obtenu votre permis de conduire, demain nous commencerons à débattre du code de la route. » Le ton a été identique au sein du PSE, où le maintien de la Néerlandaise Neelie Kroes à la concurrence a du mal à passer : «Il va y avoir une ambiance de défiance permanente à cause d'elle et peut-être de guérilla», prédit Pierre Moscovici (PS, France).
Bref, «la Commission Barroso s'appuie en réalité uniquement sur la droite», souligne Moscovici. Ce qui n'est pas étonnant, dix-neuf commissaires sur vingt-cinq étant de droite. Et encore : les députés conservateurs d'Europe de l'Est n'ont voté pour elle que par «discipline de groupe», comme le souligne Jacek Saryusz-Wolski (Pologne) : «Mais nous avions la rage au cœur : on oblige Rocco Buttiglione à partir à cause de ses convictions religieuses mais on garde l'ancien stalinien Laszlo Kovacs», le commissaire hongrois chargé de la fiscalité. Autant dire que «Barroso est sous surveillance. Il ne tiendra pas jusqu'au bout», affirme Harlem Désir (PS, France).
Publicado por esta às novembro 18, 2004 01:19 PM