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novembro 26, 2004

Le oui-non du PS, cas unique dans l'UE social-démocrate

[Fonte:Liberation]
Tous les socialistes européens réunis aujourd'hui à Madrid sont favorables au traité.

Par Renaud DELY et Patrick FORT et Isabelle ORY et Olivier TRUC
vendredi 26 novembre 2004 (Liberation - 06:00)
à Madrid et Stockholm


Seuls au monde les socialistes français ? En tout cas seuls en Europe à se déchirer depuis près de trois mois à propos du traité constitutionnel européen, alimentant une controverse qu'ils trancheront lors d'un référendum interne mercredi. Alors que les Français s'offrent ce vote de tous les dangers, leurs camarades de la quasi-totalité des vingt-cinq pays membres de l'UE ont déjà choisi, sans barguigner, d'approuver la Constitution. Une bénédiction que François Hollande s'en va recueillir aujourd'hui à l'occasion d'un raout du Parti socialiste européen (PSE) à Madrid.

Le premier secrétaire du PS y recevra le soutien d'une soixantaine de dirigeants socialistes, dont le président du PSE, Rassmussen, le président du Parlement européen, l'Espagnol Borrel, et quelques chefs de gouvernement. Surtout, Hollande posera aux côtés de la nouvelle icône de la social-démocratie européenne, l'Espagnol José Luis Rodriguez Zapatero.

Il se garde bien en revanche de s'afficher avec l'Anglais Blair et l'Allemand Schröder, opportunément absents aujourd'hui, et peu populaires auprès des militants PS qui les accusent de dérive «sociale-libérale». Pour justifier l'«exception (socialiste) française», les tenants du non soulignent également que le PS hexagonal est le seul à donner la parole à ses militants. Et estiment que d'autres partis sociaux-démocrates trembleraient sur leurs bases si celles-ci étaient consultées. Petit tour d'Europe de la social-démocratie.

Espagne : le PSOE s'intéresse à l'après-oui

Unis pour le oui. C'est le mot d'ordre du Parti socialiste espagnol (PSOE) à l'approche du référendum du 20 février dans le pays. Présentation d'une motion de soutien dans toutes les municipalités du pays, débats et conclaves dans les universités : le PSOE a lancé sa machine électorale, le président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, voulant ériger l'Espagne en «exemple pour l'Europe».

Il pourrait difficilement en être autrement : contrairement à leurs camarades français, les socialistes espagnols sont au pouvoir et le gouvernement de Zapatero a donné son blanc-seing aux négociations sur la Constitution. Certains dirigeants assènent donc : «Etre contre le oui va contre l'histoire !» «Fabius exige un caractère social dans le traité européen alors qu'il n'y en a dans aucune constitution, française ou espagnole et qu'il n'a pas agi en ce sens lorsqu'il était ministre», lance le responsable des relations internationales du PSOE. Et d'ajouter : «Ce texte fait progresser l'Europe sociale, il fait un grand pas en avant notamment au niveau de la solidarité interrégionale et de la cohésion sociale». En écho, Zapatero considère que «la Constitution va permettre une Europe plus juste, plus solidaire, mais aussi plus forte».

Pour prôner ce discours, le président du gouvernement espagnol a donc trouvé des relais immédiats au PSOE. «L'Europe représente le plus grand espoir de paix, de démocratie et de sécurité dans le monde», résume le secrétaire général, José Blanco, dans la motion présentée aux mairies. La position du PSOE est d'autant plus facile à tenir qu'en Espagne existe un consensus en faveur de l'Europe, grand bailleur de fonds pour le développement du pays depuis son intégration dans l'UE en 1986. Selon le dernier sondage du ministère de l'Intérieur, seuls 4,2 % des personnes interrogées pencheraient pour le non au référendum du 20 février, 5,2 % voteraient blanc et 13 % s'abstiendraient.

Quelques divergences apparaissent néanmoins parmi les socialistes, notamment sur l'opposition entre les régions et l'Etat. Ainsi Pasqual Maragall, le président socialiste de la Catalogne, a-t-il déjà concédé des «réserves importantes sur la Constitution européenne». Venu soutenir François Hollande en France la semaine dernière, l'ancien chef du gouvernement Felipe Gonzalez pronostique, lui, des difficultés lorsqu'il faudra réformer la Constitution espagnole et toucher aux sacro-saints statuts des régions.

Allemagne : le SPD la joue pragmatique

Enfin un sujet qui ne ressemble pas à une question piège... A un moment où ses militants continuent à se déchirer sur les réformes sociales du gouvernement Schröder, le SPD ne demande qu'à discuter de la Constitution. «Chez nous, la discussion est très calme, il n'y a aucune opposition digne de ce nom sur ce thème», indique-t-on dans les rangs sociaux-démocrates. La gauche allemande ne peint pas plus en rose le projet de Constitution que ses homologues européens. Mais, au final, c'est le pragmatisme qui l'emporte. «L'Allemagne a beaucoup obtenu, résume Günter Gloser, député chargé des questions européennes au groupe SPD. Ce n'est pas optimal. Personne ne crie hourra. Mais ce compromis représente un mieux certain pour le fonctionnement de l'Europe à vingt-cinq.» Les critiques ont même été mises en sourdine à l'aile gauche du parti. «Nous en avons beaucoup débattu. Certains éléments nous déplaisent, comme les passages sur la défense, alors que nous sommes antimilitaristes. Mais, sur le principe, nous disons oui ; il faut une Constitution. Nous travaillerons ensuite à son amélioration», affirme Lars Klingbeil, le vice-président des «Jusos», les jeunes du SPD.

En Allemagne, le débat sur l'Europe n'est pas exempt de calculs politiques : le débat porte donc moins sur le contenu du texte que sur la façon de l'adopter. Si la Loi fondamentale allemande ne prévoit pas de recours au référendum, les sondages montrent qu'une majorité d'Allemands veut être consultée. Schröder et le SPD s'y sont d'abord opposés. Et puis, à la rentrée, la direction du parti a pris un virage à 180 degrés : les députés SPD ont annoncé qu'ils présenteraient une proposition de loi visant à introduire plus de démocratie directe. «Nous avons été très surpris par ce retournement», admet Lars Klingbeil. Les «Jusos» continuent d'ailleurs à prôner une adoption par voie parlementaire. En fin politique, le patron du SPD, Franz Müntefering, a choisi, lui, de satisfaire sans grand risque le désir d'une base déjà frustrée de ne pas être entendue sur les réformes. Son revirement permet de surcroît d'attiser les divisions de l'opposition : alors que la CSU bavaroise voudrait bien d'une consultation populaire sur l'Europe, la CDU est, par principe, hostile au référendum. Comme les voix conservatrices sont indispensables pour modifier la Loi fondamentale, la proposition SPD finira vraisemblablement aux oubliettes.

Suède : pas de risque face à l'euroscepticisme

Voteront, voteront pas ? La dimension «sociale» ou «libérale» de la Constitution européenne n'occupe guère les débats au sein de la gauche suédoise. En fait, la seule question qui mobilise vraiment les sociaux-démocrates est de savoir s'il convient ou non de ratifier le traité par référendum. «On a le projet de Constitution qu'on a, juge, laconique, Lars Danielsson, secrétaire d'Etat social-démocrate chargé des questions européennes. La discussion soulevée en France par Laurent Fabius prend donc un caractère purement théorique. Comme social-démocrate, on peut avoir de la sympathie pour ses arguments ; mais ça vient un peu tard, non ?»

Aussi bien le gouvernement social-démocrate que LO, la Confédération syndicale des cols bleus qui encadre 2 millions d'employés, se sont dit satisfaits par le contenu du texte. «Quand nous voyons le résultat, j'estime que ceux qui se sont battus pour une Europe sociale ont finalement gagné, déclare Wanja Lundby-Wedin, la présidente sociale-démocrate de LO. Je trouve que le texte est une victoire pour les valeurs en faveur d'une Europe sociale qui ont imprégné l'UE durant une grande partie des années 90. Il est intéressant de constater que nous sommes maintenant à une époque où la plupart des gouvernements européens sont à droite. Ce qui signifie que ces valeurs sont maintenant bien ancrées dans l'UE.»

La question qui inquiète davantage les Suédois réside dans l'équilibre des pouvoirs entre institutions et transferts de souveraineté. Le Premier ministre social-démocrate, Göran Persson, a dit qu'il ne souhaitait pas organiser de référendum sur la Constitution. Il sait qu'une majorité de l'opinion publique suédoise est eurosceptique : 56,1 % des électeurs ont voté non à l'euro il y a un an. Persson mesure aussi les divisions de ses propres troupes, illustrées par la percée fracassante du mouvement souverainiste La Liste de juin. Ce dernier a raflé 14,4 % des voix aux dernières élections européennes, en juin, quelques mois seulement après sa création, en puisant notamment dans les rangs des sociaux-démocrates «eurosceptiques».

Aussi, plutôt que de consulter les électeurs, Persson préfère que ce soit le Parlement qui tranche, en principe en décembre 2005. Une voie qui semble réserver peu de suspense, puisque le gouvernement est soutenu par une écrasante majorité, droite comprise. Seuls les Verts et le Parti de gauche réclament un référendum. Tous deux ont lancé une pétition en ce sens, qui vient, selon ses initiateurs, de dépasser les 100 000 signatures.


Publicado por esta às novembro 26, 2004 01:50 PM