« La France cherche une alternative à l'adhésion pure et simple de la Turquie | Entrada | Peter Mandelson, commissaire européen au commerce : "Un "non" à la Constitution conduirait à l'affaiblissement de l'Europe" »

novembro 23, 2004

La Commission européenne s'efforce de tuer la menace d'une "affaire" Barrot

Fonte: Le Monde


Le vice-président de la Commission et commissaire aux transports est mis en cause pour avoir dissimulé des informations sur la "condamnation amnistiée" dont il avait fait l'objet en France en 2000 dans l'affaire du financement de son ancien parti, le Centre des démocrates sociaux (CDS). M. Barrot se défend de toute volonté de dissimulation. Il bénéficie de l'appui des socialistes du Parlement européen. Cet appui sera plus que probablement décisif, dans la mesure où M. Barrot dispose déjà de l'appui des conservateurs, mais la polémique laissera des traces.
La Commission européenne dirigée par le Portugais José Manuel Durao Barroso, à peine entrée en fonctions, s'est efforcée lundi 22 novembre de tuer dans l'oeuf une nouvelle menace de crise, liée à la remontée à la surface des démêlés judiciaires passés de son vice-président français Jacques Barrot.

Dans une lettre au président du Parlement européen (PE), M. Barrot a réfuté avoir jamais "dissimulé" des informations sur la "condamnation amnistiée" dont il avait fait l'objet en France en 2000 dans l'affaire du financement de son ancien parti, le Centre des démocrates sociaux (CDS).

Le président Barroso, qui ignorait lui-même ces faits, lui a maintenu son soutien et le porte-parole de l'exécutif communautaire, Françoise Le Bail, a balayé les "spéculations ou supputations" sur une éventuelle démission.

M. Barroso juge que la lettre de M. Barrot "apporte des éléments clairs de nature à rassurer les parlementaires" et "estime que, dans ces conditions, M. Barrot fera un excellent commissaire et vice-président", a-t-il souligné.

"Je n'avais rien à dissimuler et je n'ai absolument pas cherché à dissimuler quoi que ce soit", a assuré Jacques Barrot au président du PE, Josep Borrel.

Il s'est appuyé sur la loi française, qui a effacé les sanctions prononcées dans l'affaire du CDS et interdit leur évocation publique, pour expliquer n'avoir "pas cru devoir faire état d'une condamnation amnistiée qui avait fait l'objet en son temps d'une assez abondante publicité".

"Je crois, en mon âme et conscience, être en mesure de servir les intérêts européens en parfaite honnêteté et en toute transparence", a-t-il conclu.

La controverse autour de M. Barrot est délicate à gérer pour la Commission, dont les eurodéputés n'ont voté l'investiture qu'après trois semaines de crise sur sa composition et un remaniement forcé, à la suite de la récusation du premier commissaire italien désigné Rocco Buttiglione.

APPUI DES SOCIALISTES EUROPÉENS

Elle l'est aussi au Parlement européen, où l'affaire a été réveillée jeudi dernier par un eurodéputé britannique du parti europhobe UKIP, Nigel Farage.

L'Allemand Martin Schulz, patron des 200 élus socialistes qui forment le deuxième groupe de l'assemblée, a demandé des explications sur le cas Barrot. Mais lundi, le président du groupe socialiste au Parlement européen s'en est remis aux services juridiques du Parlement européen pour porter un jugement sur la lettre d'explication fournie par Jacques Barrot sur ses démêlés judiciaires passés.

"Si les services juridiques considèrent que les explications données dans cette lettre sont satisfaisantes, alors l'affaire sera close pour le groupe socialiste", a déclaré M. Schulz dans un communiqué.

Le chef de file des 200 élus socialistes, qui a eu un entretien téléphonique lundi matin avec M. Barrot, a affirmé que ce dernier lui avait "exprimé ses regrets de n'avoir pas évoqué plus tôt" sa condamnation amnistiée de 2000 dans le dossier du financement du CDS, son ancien parti en France.

Cet appui sera plus que probablement décisif, dans la mesure où le commissaire aux transports dispose déjà de l'appui des conservateurs, mais la polémique laissera des traces.

"Il n'y aura plus d'affaire Barrot jeudi soir", a prédit un responsable du Parlement européen en faisant référence à la réunion des chefs des groupes politiques qui décidera dans trois jours du sort de ce fidèle allié de Jacques Chirac.

En fait, seule une poignée d'eurodéputés britanniques - la dizaine d'élus de l'UKIP et le patron des démocrates et libéraux (ADLE, 88 élus), Graham Watson - ont réclamé jusqu'ici le départ du commissaire français.

Désavoué par une partie de ses troupes (les centristes français de l'UDF), M. Watson a annulé lundi une conférence de presse et réduit son "appel" de la veille à une "démission" de Jacques Barrot à une simple position personnelle.

"Si j'étais M. Barrot, je reconnaîtrais la situation et j'offrirais ma démission", a-t-il déclaré dans un communiqué.

"Dans cette affaire, je pense qu'il y a un peu de "french bashing" ( dénigrement systématique des Français)", a déclaré à l'AFP la chef de file de l'UDF au sein du groupe ADLE, Marielle de Sarnez, tout en appelant "à prendre en compte" le scepticisme de nombreux Européens à l'égard de l'amnistie française.

Les Verts, qui ont voté contre la Commission Barroso, ont estimé que M. Barrot avait "eu tort de ne pas mentionner" ses démêlés passés, mais appelé à ne pas se "focaliser sur son cas" alors que d'autres commissaires comme la Néerlandaise Neelie Kroes et la Danoise Mariann Fischer Boel sont contestées.

En marge d'une réunion des ministres des affaires étrangères européens, le chef de la diplomatie française Michel Barnier a expliqué à son homologue britannique Jack Straw son incompréhension de voir l'affaire du CDS resurgir, a constaté un photographe de l'AFP.

Partisan de passer l'éponge sur des faits amnistiés, le ministre allemand Joschka Fischer a appelé la Commission à se mettre au travail, "afin que le monde n'attende pas après l'Europe".

Avec AFP et Reuters

Publicado por esta às novembro 23, 2004 12:24 PM