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novembro 09, 2004

Eurobustesse

[Fonte:Liberation]
Alors que la devise européenne a frôlé 1,30 dollar, la France s'inquiète des conséquences sur les exportations.
Eurobustesse

Par Jean QUATREMER
mardi 09 novembre 2004 (Liberation - 06:00)
Bruxelles (UE) de notre correspondant


Regarde le dollar tomber. Les Européens ne peuvent que gémir en voyant le dollar accentuer son décrochage face aux principales devises mondiales au lendemain de la réélection de George W. Bush. Hier, la devise européenne a atteint un nouveau plus haut niveau historique à 1,2986 dollar, après avoir franchi, vendredi, le seuil de 1,2978 dollar, et avant de fléchir légèrement dans la soirée. Son record précédent remontait au mois de février avec 1,2929 dollar. Les marchés financiers aimant les plafonds dits symboliques, l'euro pourrait bientôt percer celui de 1,30 dollar.

«Volatilité excessive». Comme d'habitude, c'est la France qui a réagi le plus vigoureusement à cette chute du billet vert. Vendredi, en marge du Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement, Jacques Chirac s'est dit «un peu inquiet» : «L'Europe serait bien inspirée de prendre en considération les conséquences de cette baisse.» Hier, son ministre de l'Economie a repris l'antienne en rappelant qu'en février à Boca Raton, Washington a signé le communiqué du G7 qui indiquait qu'une «volatilité excessive et des mouvements désordonnés (des changes) sont indésirables pour la croissance économique». Ce texte «reste valide et je pense que nos amis américains devraient s'en souvenir», a insisté Nicolas Sarkozy.

Si l'Italie est sur la même longueur d'ondes que la France, les autres pays européens se font plus discrets. Après avoir fait connaître sa «préoccupation» fin octobre, le chancelier allemand estime désormais, comme il l'a expliqué vendredi à l'issue du Conseil européen, que le niveau actuel du dollar ne constitue pas un problème pour les exportations allemandes, actuellement en plein boom. La Banque centrale européenne (BCE), elle, est moins inquiète par la baisse du dollar que par la vitesse de sa chute (comme elle l'était à l'époque lors de la dépréciation de l'euro).

Amortissement. Sur le fond, la force de la monnaie européenne handicape sérieusement les exportations des entreprises de la zone euro. Elle a toutefois des effets bénéfiques : elle permet d'amortir le choc pétrolier, la facture énergétique étant libellée en dollar, et évite d'importer de l'inflation. Cela permet ainsi à la BCE de ne pas remonter ses taux d'intérêt au moment où le mouvement de hausse des taux est engagé dans la plupart des pays : aux Etats-Unis, le loyer de l'argent devrait ainsi atteindre à nouveau 2 % lors de la prochaine réunion de la Réserve fédérale et sans doute plus d'ici à la fin de l'année. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que le niveau de l'euro paraît inconsidéré par rapport à son plus bas niveau (0,82 en octobre 2000). Mais, lors de son lancement, en janvier 1999, il s'échangeait à 1,17 dollar, ce qui n'est pas si éloigné de son niveau actuel.

Au-delà des pressions verbales, les autorités européennes ne peuvent pas faire grand-chose. Une intervention sur le marché des changes, que la BCE est seule habilitée à décider, n'aurait aucun effet si elle n'est pas coordonnée avec les autorités américaine et japonaise. Ce qui supposerait que l'administration Bush ne s'accommode pas d'un dollar faible...


Publicado por esta às novembro 9, 2004 02:03 PM