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novembro 17, 2004
Constitution : Jospin entre en campagne
fonte : le figaro
PS L'ancien premier ministre, qui s'était prononcé pour le oui il y a deux mois dans une tribune, défendait son choix hier devant les militants du XVIIIe arrondissement
Constitution : Jospin entre en campagne
Nicolas Barotte et Elsa Freyssenet
[17 novembre 2004]
Lionel Jospin a expliqué hier soir aux militants du XVIIIe arrondissement qu'au «oui de conviction» sur l'Europe «doit s'ajouter le oui de la responsabilité».
(Photo AFP)
Lionel Jospin est entré hier de plain-pied dans la bataille interne au PS sur la Constitution européenne : il a tourné en dérision les arguments de Laurent Fabius, héraut du non, même s'il ne l'a pas nommé. Le candidat malheureux à la présidentielle de 2002, qui intervenait dans une réunion commune aux trois sections socialistes du XVIIIe arrondissement de Paris, n'a pas non plus épargné le premier secrétaire François Hollande, chef de file du oui.
Au début d'un discours très préparé, Lionel Jospin a suggéré que François Hollande s'était laissé entraîner dans un piège. «J'ai été surpris qu'on demande un référendum au président alors que nous ne connaissions pas notre réponse», a-t-il déclaré en ajoutant : «Cela nous pose plus de problème que cela ne lui en pose.» «J'ai été surpris qu'on ait choisi un référendum interne qui n'est pas dans notre tradition, a-t-il poursuivi, surtout si la conséquence c'est de nous diviser.» Sa troisième surprise, que le PS n'ait pas dégagé «assez naturellement (...) une réponse positive au traité», concernait les partisans du non.
Puisque «le débat est là», et malgré ses «tensions», Lionel Jospin a contre-attaqué. Il a jugé «fallacieuse» l'idée de la crise salvatrice si le non l'emportait. «Si l'on fait de l'Europe le bouc émissaire, on dédouane le pouvoir politique de sa responsabilité directe», a-t-il expliqué. Enfin, il a surtout estimé que «la menace, l'ultimatum, l'unilatéralisme qu'on reproche souvent aux Etats-Unis n'ont pas libre cours en Europe». Et de s'en prendre directement à la vision développée par Laurent Fabius : «En Europe on n'impose pas ses vues, on ne décide pas pour les autres de la place qu'ils occuperont : dans le premier cercle, le deuxième, au premier rang, au deuxième... On ne fait pas marcher des Etats souverains à la baguette.» Il ne croit pas non plus à la «solution miracle» du «couple franco-allemand». Estimant que le non risquerait «d'éterniser la crise», il ajoute que dans ce cas, «l'issue ce sera la capitulation, la renonciation aux idées qu'on aurait prétendu défendre».
Au passage, Lionel Jospin amalgame tous les opposants à la Constitution européenne. «Dans leur identité comme dans leur stratégie les socialistes doivent absolument éviter une dérive dont certains les menacent», qui serait, sur le plan européen, «soit le vieux modèle communiste hérité de la guerre froide, soit le vieux modèle souverainiste nourri aux sources du nationalisme français». S'il prend en compte les convictions européennes affichées par le camp du non, c'est pour parler de «surenchère». Et de conclure : «On peut être très ultra-européen quand l'europe est virtuelle et eurosceptique quand il s'agit de faire l'Europe réelle.»
A la fin de son intervention, l'ancien premier ministre a estimé que le PS était à «la veille d'un moment décisif». «Où se situent les chances» du parti pour l'avenir, s'est-il interrogé, revenant sur son élimination du second tour de la présidentielle en 2002 ? Jouant sur ce souvenir traumatisant pour les militants socialistes, il a rappelé : «Le PS a subi une épreuve rude et je suis bien placé pour l'avoir mesurée.» Si son parti a depuis «fait beaucoup de chemin et remporté de magnifiques victoires» électorales, c'est parce que les socialistes ont «tous beaucoup et bien travaillé», parce que «la droite a déçu et échoué», et parce que «nos électeurs ont tiré des conséquences fécondes de l'épreuve cruelle d'avril 2002». Lionel Jospin n'a pas eu un mot sur l'apport de François Hollande à la tête du parti. Si le oui l'emporte, le premier secrétaire voit seulement «l'orientation fondamentale, sur une question fondamentale qu'il a proposée au parti, confirmée». Rien de plus.
Si le oui gagne, le parti garderait aussi «sa stabilité» et pourrait «concentrer le feu de sa critique» sur le gouvernement. A l'inverse, le non «créerait inévitablement et rapidement une situation toute différente», a expliqué Lionel Jospin, jouant comme tous les partisans du oui sur la peur de la crise au PS. Pour l'ancien premier ministre, au «oui de conviction» sur l'Europe «doit s'ajouter le oui de la responsabilité».
L'organisation de la communication d'hier soir a toutefois atteint des sommets de sophistication frisant le ridicule. Pour assurer un maximum de publicité à l'intervention de Lionel Jospin, sans pour autant être dérangé par les journalistes, priés de se tenir à distance, les organisateurs ont retransmis le débat sur Internet. N'ayant pas été troublé, Lionel Jospin a rapidement quitté la réunion, vers 22 h 30, saluant la presse sur le trottoir d'un «pas de déclaration. Voilà, bonne soirée, au revoir.» Dans la salle, un militant avait regretté «qu'il ne soit pas à l'Elysée».
Publicado por esta às novembro 17, 2004 12:37 PM