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novembro 09, 2004
Constitution européenne : au PS, les positions se radicalisent
fonte: le figaro
GAUCHE Livres, meetings, colloques : partisans et adversaires du traité cherchent à dynamiser leur campagne auprès des militants socialistes
Constitution européenne : au PS, les positions se radicalisent
Elsa Freyssenet
[09 novembre 2004]
A moins d'un mois du référendum militant qui déterminera, le 1er décembre, la position du PS sur la Constitution européenne, la concurrence s'exacerbe entre socialistes. «Refuser le traité européen au prétexte qu'il y aurait des politiques qui ne nous plairaient pas, c'est refuser tout ce que nous avons engagé, nous les socialistes, pour l'Europe», a déclaré hier le premier secrétaire du PS, François Hollande, venu plaider pour le oui en meeting à Vaulx-en-Velin. A ses côtés, Jack Lang est allé plus loin : «Pour un socialiste, un non à l'Europe est contre nature, contre l'Histoire, contre nos traditions, notre culture, notre identité.»
Alors que beaucoup de militants demeurent, aux dires des deux camps, indécis, les élus sont poussés à se déterminer. L'un des anciens ministres de Lionel Jospin qui a le plus «longtemps hésité», Jean Glavany, s'est prononcé hier dans Le Monde pour un «oui de raison» en compagnie de sept autres députés et du président du conseil général de la Drôme, Didier Guillaume.
Ceux qui ont choisi de longue date radicalisent leur position. Ainsi, après Elisabeth Guigou, la présidente PS de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, favorable à la ratification de la Constitution européenne, a expliqué ce week-end qu'elle ne ferait pas campagne pour le non si ce mot d'ordre l'emportait au PS. «On ne va pas demander à ceux qui sont farouchement attachés à la construction de l'Europe et à l'unité des socialistes européens d'aller s'engager contre des convictions ancrées au plus profond d'eux-mêmes. Ils auront un devoir de réserve», a déclaré sur Radio-J la compagne de François Hollande.
Dominique Strauss-Kahn, qui souhaite un congrès extraordinaire après le référendum militant, ne se voit pas non plus faire campagne pour le non, même s'il a précisé, dimanche sur TF 1, qu'il «ne ferait rien qui pourrait gêner son parti». Laurent Fabius ne répond pas à la question mais l'un de ses lieutenants suggère qu'il pourrait se contenter d'un «service minimum» si le oui l'emporte au PS, en comptant sur un résultat inverse lors du référendum national promis pour 2005 par Jacques Chirac.
Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn se livrent à un véritable duel éditorial et politique. Le premier a devancé de peu le second, en publiant hier un livre intitulé Une certaine idée de l'Europe. Ce matin, la réponse de DSK, Oui ! Lettre ouverte aux enfants d'Europe, sera dans les librairies. Autrefois taxés conjointement par la gauche du PS d'être des «sociaux-libéraux», les deux anciens ministres des Finances de Lionel Jospin ont trouvé un vrai sujet de différenciation. Le format, le prix et le mode de rédaction de leurs livres sont similaires mais leurs propos semblent inconciliables.
Dominique Strauss-Kahn fait du oui au traité constitutionnel une question de survie pour l'Europe et un test de la rupture du PS français avec «la culture du non», «cette culture facile qui évite de se confronter au réel en faisant à tout instant appel à l'idéal», «la culture de ceux qui ont les mains propres parce qu'ils n'ont pas de mains». Laurent Fabius, lui, ne craint pas la référence gaullienne, pour expliquer qu'un non peut être symbole de volontarisme politique et d'ambition. «C'est refuser la résignation à une Europe diluée et injuste», écrit-il, veillant, grâce à un plaidoyer pour «l'Europe puissance», à se différencier des souverainistes. Les deux hommes usent régulièrement des mêmes références. DSK qualifie François Mitterrand d'«homme d'exception» et Fabius lui consacre un chapitre. Tous deux citent parfois les mêmes passages de la Constitution pour en tirer des conclusions opposées. Leurs ouvrages ne renouvellent pas l'argumentaire des deux camps mais ils polarisent l'intérêt médiatique sur deux présidentiables du PS.
Cette effervescence a suscité hier l'ironie du porte-parole du PS, Julien Dray, proche de François Hollande : «Le premier secrétaire n'est pas candidat au Goncourt.» Pas de livre en préparation pour François Hollande mais un colloque, mercredi, en compagnie de l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors et du président du Parlement européen, Josep Borrell. Il s'agit de souligner une nouvelle fois l'isolement des partisans du non au sein de la social-démocratie européenne. S'il en fallait davantage pour l'emporter, le patron du PS pourrait, comme il l'a déjà suggéré, mettre son mandat en jeu. Toujours attentif aux secousses de son parti, Lionel Jospin doit intervenir la semaine prochaine dans le XVIIIe arrondissement de Paris.
Cette personnalisation du débat autour des présidentiables agace les minoritaires du NPS, qui n'en ont pas. Aussi, lors de la présentation, vendredi, de leur livre, Au coeur de la gauche, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoît Hamon ont-ils mis en avant le «collectif» et le débat d'idées. Leur ouvrage traite de l'Europe et de bien d'autres sujets. Histoire de prouver que leur horizon ne s'arrête pas au 1er décembre, ils comptent réclamer de nouvelles consultations militantes, notamment sur la réforme des institutions françaises ou la redistribution. «Partout, le monde bouge, sauf au PS. Si le référendum peut y contribuer, vive le référendum !», s'est exclamé le député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg. Réclamer de telles consultations est une manière de démentir à nouveau toute volonté de s'allier avec Laurent Fabius pour renverser François Hollande si le non à la Constitution européenne l'emporte au PS.
Publicado por esta às novembro 9, 2004 03:05 PM