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novembro 02, 2004
M. Buttiglione se retire, "heureux de souffrir" pour ses valeurs
Fonte:Le Monde
Le ministre italien renonce à la Commission européenne, "victime d'un préjugé antichrétien", dit-il.
Rome de notre correspondant
Pour annoncer sa démission de la Commission européenne, samedi 30 octobre à Rome, Rocco Buttiglione, commissaire italien pressenti pour le portefeuille de la justice, de la liberté et de la sécurité, a repris sa posture de professeur de philosophie, citant le Français René Girard : "Les communautés humaines sont périodiquement traversées par une irrésistible pulsion de purification en choisissant en leur sein une victime innocente sur qui rejeter leurs propres fautes et infamies. "
Estimant être cette "victime innocente", il a affirmé : "Je ne m'en plains pas. Je suis heureux d'avoir pu témoigner des valeurs auxquelles je crois et de souffrir pour elles."S'il s'est retiré c'est, a-t-il expliqué, "pour favoriser le succès de la Commission Barroso".
Ce catholique conservateur, ami de Jean Paul II, s'était attiré les critiques des eurodéputés pour ses propos sur l'homosexualité, considérée comme "un péché" et sur la place de la femme dans la société. Dénonçant "une embuscade préparée dès le mois de juillet" et "orchestrée par une campagne de presse de grande ampleur", M. Buttiglione a révélé qu'il avait rédigé sa lettre de démission dès le 26 octobre, c'est-à-dire à la veille du vote prévu au Parlement européen pour entériner l'équipe composée par José Manuel Barroso. Il ne l'a pas envoyée, à la demande de Hans-Gert Pöttering, le président du Parti populaire européen : "Il m'a expliqué que le PPE n'aurait pas pu voter le lendemain pour une Commission Barroso sans Buttiglione."
Le sort du commissaire italien a été scellé vendredi 29 octobre, au soir de la cérémonie de signature de la Constitution de l'Union européenne. Les dirigeants de l'UE avaient fait pression sur Silvio Berlusconi pour qu'il retire son candidat. "Buttiglione restera ministre. Je pense que c'est comme ça que tout va se terminer", avait confié le chef du gouvernement italien à quelques journalistes.
"CETTE EUROPE EST SANS ÂME"
Dans un entretien au quotidien La Repubblica, dimanche, M. Buttiglione a dénoncé "un préjugé antichrétien très à la mode" parce que "l'Europe a peur d'ouvrir un débat sur son identité". Une analyse partagée par le président du Sénat, Marcello Pera : "Cette Europe est sans âme. Seul le christianisme peut la lui donner", a expliqué dans le même journal ce laïque convaincu. Au cours de la prière de l'angelus, dimanche sur la place Saint-Pierre, Jean Paul II a fait allusion à la démission forcée de Rocco Buttiglione : "J'espère que les chrétiens pourront continuer à porter dans toutes les instances européennes les ferments de l'Evangile qui sont les garanties de la paix et de la collaboration entre tous les citoyens." Le pape a poursuivi : "Le Saint-Siège a toujours été favorable au développement d'une Europe unie sur la base des valeurs communes qui font partie de son histoire. Tenir compte des valeurs chrétiennes du continent signifie se prévaloir d'un patrimoine spirituel qui demeure fondamental pour les développements futurs de l'Union."
Franco Frattini, l'actuel ministre des affaires étrangères, pourrait être le remplaçant de Rocco Buttiglione à Bruxelles. C'est le nom le plus souvent cité, outre celui de Laetizia Moratti, ministre de l'éducation, ou de Mario Monti, l'ancien commissaire à la concurrence. La nomination du chef de la diplomatie contraindrait Silvio Berlusconi à effectuer un large remaniement ministériel, une opération à laquelle il s'est toujours refusé malgré les difficultés rencontrées par sa majorité. Gianfranco Fini, vice-président du conseil sans portefeuille, hériterait des affaires étrangères, tandis que le poste de numéro deux du gouvernement serait attribué à une personnalité de l'UDC, le petit parti centriste présidé par Rocco Buttiglione.
Toutefois, l'opération est conditionnée par un accord des différents partis de la coalition sur la réforme des impôts, voulue par M. Berlusconi mais combattue par M. Fini et son parti, Alliance nationale. Quant à la Ligue du Nord, autre allié turbulent, elle n'a pas apprécié d'avoir été exclue d'un premier sommet entre les leaders de la majorité ; elle pourrait faire monter les enchères afin de contrarier l'ascension de M. Fini.
Jean-Jacques Bozonnet
Publicado por esta às novembro 2, 2004 08:52 PM