« Au Parlement, les "grands groupes" s'entendent pour sauver "leurs" commissaires | Entrada | Tough talking on two-speed Europe »
outubro 15, 2004
Turquie: faux-fuyants pour vrai débat. Dans un hémicycle désert, l’UMP et le PS ont dit préférer un «partenariat» à une entrée d’Ankara dans l’Union
[Fonte: Libération]
Le brouillard persiste. Le débat qui s’est tenu hier à l’Assemblée nationale sur la Turquie n’a pas dissipé l’embarras que suscite cette question, à droite comme à gauche. Il a néanmoins souligné à quel point la volonté de Jacques Chirac de promouvoir l’adhésion d’Ankara à l’Union européenne suscite des réticences, en particulier dans son propre camp. Avec une trouvaille en forme de faux-fuyant pour échapper au spectre de l’adhésion de la Turquie, celle de «partenariat».
Mi-chèvre, mi-chou. Les parlementaires avaient demandé à grands cris l’organisation d’un débat avant que les membres de l’UE se prononcent, le 17 décembre, sur l’ouverture de négociations avec la Turquie (1). Ils ne se sont pourtant pas bousculés dans l’hémicycle hier. Les ministres non plus qui, selon l’un d’eux qui s’est fait porter pâle, «sont, à une écrasante majorité, hostiles à une entrée des Turcs dans l’Europe». A 15 heures, c’est donc devant des bancs aux trois-quarts vides que Jean-Pierre Raffarin amorce le débat. Le Premier ministre, personnellement défavorable à l’entrée de la Turquie, déroule un discours mi-chèvre, mi-chou pour caresser les antiadhésion dans le sens du poil tout en prenant garde de ne pas désavouer Jacques Chirac. «Ni l’Europe ni la Turquie ne sont aujourd’hui prêtes, explique-t-il. L’adhésion à l’Union européenne n’est pas possible aujourd’hui, ni demain ni dans les prochaines années.» Il demande aux Français de ne pas répondre «non» prématurément et «sans discussion» car, juge-t-il, «la demande de la Turquie n’est pas illégitime». Craignant que la question «pollue» le référendum sur les nouvelles institutions qui aura lieu au second semestre 2005, il rappelle que «la priorité pour les Européens, c’est le vote de la Constitution».
Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste arrive, essoufflé, pour lui répondre sans avoir entendu son intervention. Pas grave, les deux hommes sont grosso modo sur la même longueur d’ondes. Ayrault tente aussi de ne pas trop se mouiller en dénonçant la «tentation du repli» et la «politique de la peur» qui serait une «alarmante régression pour la France», tout en alignant les arguments contre une adhésion de la Turquie. «Les conditions ne sont pas réunies», assure-t-il, précisant que ce pays ne serait pas prêt avant «vingt ans». Il s’en prend ensuite au patron de l’UDF, François Bayrou, refusant que l’Europe se résume à un «club confessionnel». Comme Raffarin, il souhaite que «les deux options possibles, adhésion ou partenariat privilégié, restent ouvertes jusqu’à la fin des négociations».
Grandiloquent. Pendant qu’il s’exprime, Laurent Fabius sort de l’hémicycle et se précipite dans les couloirs pour livrer sa version des choses à la presse. Loin des prudences de son collègue socialiste, il prône un simple «partenariat» entre Ankara et l’UE. Il relève qu’en cas d’adhésion, «la Turquie, par son poids de population, représenterait 20 % de droits de vote de plus que la France» et que «les dispositions financières européennes sont telles que si la Turquie adhérait à l’Europe, la France ne pourrait plus bénéficier de crédits pour ses régions».
Puis vient le tour de François Bayrou de monter à la tribune. Premier arrivé dans l’hémicycle, il trépigne d’impatience pour pouvoir faire son numéro, entouré de son carré de fidèles. Après avoir fustigé les allers-retours de Raffarin sur l’organisation du débat, il dénonce le choix du gouvernement de proposer une discussion sans vote sur la candidature turque. «Ne voyez-vous pas de quelle démocratie malade, affaiblie, appauvrie, nous sommes ainsi en train de donner l’image ?» interroge-t-il avec grandiloquence. Le Premier ministre fait passer un petit mot à Ayrault : «Heureusement que j’ai des amis...»
Dans un discours charpenté, le chef de file centriste parvient à réveiller les députés gagnés par l’ennui en égrenant ses arguments contre l’adhésion. «La décision d’adhésion de la Turquie rendrait l’Europe frontalière de la Syrie, de l’Irak et de l’Iran», lance-t-il, suscitant des désapprobations à gauche. Le président de l’UDF détaille ensuite le «fossé démocratique» qui sépare, selon lui, ce pays de l’Europe évoquant les questions kurde, arménienne et chypriote. Craignant une «logique de dispersion» et une «logique de dissolution de l’Europe», il brandit la menace de «lendemains brûlants» si la Turquie abandonnait son identité dans le seul but de se faire accepter par l’Europe. Après le communiste Alain Bocquet, qui accuse le gouvernement de faire une «opération politicienne de diversion», Bernard Accoyer, fidèle chiraquien président du groupe UMP, s’emmêle dans ses feuilles puis reproche à Bayrou sa «posture» et ses «propos blessants, inutilement défiants à l’égard de la Turquie, un pays ami».
Rares plaidoyers. Edouard Balladur exprime, lui, sa préférence personnelle pour «un partenariat privilégié» et suggère que Jacques Chirac se laisse une marge de manoeuvre dans la négociation en plaidant pour les deux voies possibles : adhésion ou partenariat. Il souhaite en outre que cette alternative soit proposée aux Français lors du référendum promis, à terme, par le Président. Une vingtaine de députés défilent ensuite à la tribune, moins gênés que leurs chefs de file pour exprimer franchement leurs convictions. Nicolas Dupont-Aignan (UMP, Essonne), très défavorable à l’entrée de la Turquie, réclame la tenue d’un référendum avant le 17 décembre. Le député UMP (Paris) Pierre Lellouche, comme l’écologiste Noël Mamère (Gironde), livrent, eux, un plaidoyer pour l’adhésion. Ils sont bien seuls.
Publicado por jpdias às outubro 15, 2004 11:40 PM