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outubro 27, 2004
Marginalisés? Les socialistes opposés à la Constitution de l'UE se voient plutôt pionniers.
[Fonte:Liberation]
Au non de la France
Par Paul QUINIO
mercredi 27 octobre 2004 (Liberation - 06:00)
Seuls peut-être, mais résistants pour deux. Voire pour tous. Au PS, les partisans du oui au traité constitutionnel européen renvoient fréquemment l'argument de l'isolement à la figure des militants du non. Demain à Rome, où il participera à un meeting en faveur du oui, François Hollande va une nouvelle fois afficher ses soutiens européens. Le message : dans la grande famille social-démocrate européenne, les socialistes français sont les seuls à s'interroger à ce point. Hormis les Maltais. Dans le camp du non, d'aucuns opposent à cet argument de l'isolement celui de la «voix de la France». De sa spécificité dans le concert des nations, comme dans l'histoire de la gauche.
Valeurs «folkloriques». C'est le cas de Jean-Luc Mélenchon, coleader du courant Nouveau Monde : «Ne repeignez pas mon point de vue en position nationaliste, c'est tout le contraire», prévient l'ex-ministre en insistant sur son appartenance à «la tradition républicaine du socialisme». Loin d'un Villiers évidemment, mais aussi du «désastre chevènementiste». Mélenchon renverse même les rôles : c'est la Constitution européenne, en jetant «les peuples les uns contre les autres avec la concurrence libre et non faussée qui porte le nationalisme comme la nuée porte l'orage», a-t-il déclaré, paraphrasant Jaurès, le 18 octobre lors d'un débat organisé par le Monde. Ce sont les partisans du oui qui «nationalisent des principes universels pour mieux les relativiser», explique-t-il. Laïcité, rôle de l'Etat, principe de l'Assemblée constituante, autant de valeurs non «folkloriques» que les partisans du oui «jettent par-dessus bord» au nom de «la construction européenne, devenue une fin en soi». Aux militants du oui qui expliquent ne pas avoir de «leçons à donner» à leurs homologues européens, Mélenchon réplique : «C'est tout le vice de cette posture soi-disant modeste. Avoir honte de représenter la République, cela n'aide pas à créer un rapport de force. Nier la spécificité de la France, considérer que nous n'avons pas grand-chose à dire sinon que nous devons nous départir de notre arrogance française, c'est le point de vue de gens qui subissent l'Histoire.»
Issue comme lui de la Gauche socialiste, Marie-Noëlle Lienemann use des mêmes accents : «Sans tomber dans la franchouillardise ou dans la défense de la position de la France, nous sommes comptables de valeurs qui dépassent l'Histoire» et qui méritent d'être défendues face à la «culture anglo-saxonne». Vincent Peillon, leader du Nouveau Parti socialiste, réfute l'idée que la France puisse donner des leçons, «mais elle a des spécificités à faire valoir». Mélenchon rangerait volontiers Manuel Valls dans son camp. Ex-rocardien, le maire d'Evry (Essonne) serait venu sur ses thèses du fait de sa «confrontation avec les banlieues» et du développement du communautarisme. «Nous ne sommes pas vendus à un nationalisme étriqué, sans vision», répond Valls aux partisans du oui quand ils moquent l'Europe des antitraité, «peuplée de Français, voire de socialistes français». Mais «c'est bien la construction d'un nouveau rapport à la nation qui est en jeu. En n'adaptant pas notre conception de la nation à la mondialisation, à la construction européenne (...) nous l'avons laissée s'affaiblir», disait-il déjà en novembre 2002.
«Responsabilité». Tous les partisans du non se retrouvent pour considérer que la France a une «responsabilité». «Elle doit dépanner la social-démocratie», estime le fabiusien Claude Bartolone. Lienemann tempère : «Cette voix n'est pas encore entendue, mais je suis sûre qui si la France dit qu'on ne peut pas continuer comme ça, elle fera écho aux préoccupations sociales d'un grand nombre de salariés européens.» Etre seuls aujourd'hui ne signifie pas être isolés demain, plaide-t-elle. Cette conviction permet aux partisans du non de réfuter le risque de crise européenne en cas de rejet du traité. «Dès lors qu'il y aura une résistance forte en France, cela ébranlera tout le système», prédit Mélenchon. «Si la France dit non, il y aura réouverture de négociations l'année suivante», assure Peillon. Précisément parce que c'est la France.
Publicado por esta às outubro 27, 2004 02:02 PM