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outubro 22, 2004
L'UE désunie sur la question religieuse
[Fonte:Liberation]
Dans une Europe largement déchristianisée, le Saint-Siège défend ses valeurs avec virulence.
Par Nathalie DUBOIS et Marc SEMO
vendredi 22 octobre 2004 (Liberation - 06:00)
Les mots sont très lourds, voire provocateurs. Le Vatican n'a pas hésité lundi, par la voix du cardinal Renato Martino, longtemps représentant du Saint-Siège à l'ONU, à pourfendre «les nouvelles Inquisitions pleines d'argent et d'arrogance» hostiles «à tout ce qui est chrétien». Avec cette attaque, d'une rare virulence, la papauté est entrée en lice pour défendre Rocco Buttiglione, estimant qu'au travers de ce philosophe proche de Jean Paul II, c'est le catholicisme qui est pris pour cible dans une Europe toujours plus sécularisée, où l'Eglise n'est plus qu'un groupe de pression parmi d'autres : le Saint-Siège n'avait pas réussi (malgré le soutien de l'Italie ou de la Pologne) à imposer une référence explicite aux racines chrétiennes de l'Europe dans le préambule de la future Constitution.
Inquiétude profonde. L'indignation de l'Eglise est d'autant plus forte que dès son élection, en 1978, Jean Paul II avait fait de la bataille pour la réunification du continent l'une des grandes priorités de son pontificat. Devant le Parlement de Strasbourg, il citait Goethe : «L'Europe est née en pèlerinage et le christianisme est sa langue maternelle.» Si l'affaire Buttiglione suscite aussi une polémique aux accents rétros entre laïcs et cléricaux, elle traduit d'abord l'inquiétude profonde de l'Eglise. Dans l'encyclique Ecclesia Europa de 2003, le pape n'a pas hésité à évoquer une «apostasie silencieuse» de la culture européenne. Certes, les Européens se disent en écrasante majorité chrétiens, et dans l'Union à 25, les 239 millions de catholiques représentent 53 % de la population (49 % dans l'Europe des 15). Mais le taux de pratique est disparate : élevé en Pologne (80 %) ou à Malte, où le catholicisme reste religion d'Etat, mais bas en République tchèque, aux Pays-Bas ou en France (moins de 10 %).
La déchristianisation atteint des nivaux jamais égalés. En France, moins d'un enfant sur deux est baptisé. En outre, la voix de l'Eglise est de plus en plus ignorée, y compris sur ses engagements pour les sans-papiers ou les immigrés. On ne retient que ses véhémences, jugées rétrogrades, sur la famille ou le mariage homosexuel. Sur ce terrain, les Eglises protestante ou orthodoxe ne sont pourtant guère différentes, pas plus d'ailleurs que le judaïsme ou l'islam, qui partagent en matière de morale nombre de valeurs communes avec le catholicisme.
Modèle polonais. Les catholiques n'étaient pas seuls dans leur combat pour une référence aux racines religieuses dans la Constitution. Mais le Vatican a été le plus déterminé et son quotidien, l'Osservatore Romano, n'avait pas hésité à faire sa une sur «l'Europe à la mémoire oubliée». Dans sa version finale, la Constitution mentionne pourtant «les héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe» alors que les pays laïcs, France en tête, s'étaient refusés à aller au-delà de l'évocation de son «patrimoine spirituel et moral». L'article I-51 rappelle que l'Union «respecte et ne préjuge pas du statut» des Eglises dans les Etats membres. Il affirme sa volonté de «dialogue» avec elles. Olivier Dord, professeur de droit public à Paris-X, auteur d'un récent ouvrage sur la laïcité en Europe, parle de «neutralité bienveillante» de l'UE à l'égard des religions. Ce que n'acceptent pas l'Eglise de Jean-Paul II et des mouvements catholiques qui, sur le modèle polonais, n'hésitent plus à descendre dans l'arène sociale et politique en brandissant leurs propres valeurs.
Publicado por esta às outubro 22, 2004 01:09 PM