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outubro 28, 2004
Les trois leçons du choc Barroso
[Fonte: Les Echos]
Dans une Europe dont il est de bon ton de déplorer le déficit démocratique et le manque de transparence, le « choc Barroso » peut se révéler salutaire. A condition d'en tirer les leçons pour ce curieux animal politique qu'est l'Union. La première a été assénée de façon inédite et spectaculaire par le Parlement européen. En poussant le président désigné de la future Commission à se saborder pour éviter la censure, les eurodéputés ont rappelé qu'il n'était pas une simple chambre d'enregistrement. Parler de l'an I de cette assemblée jugée trop lointaine pour être populaire auprès de l'opinion publique serait pourtant hâtif. Leur irruption en fanfare dans l'actualité ne leur donne pas de nouveaux pouvoirs. Seule la ratification de la Constitution, qui déchaîne tant de passions au sein des Parlements nationaux, notamment en France, pourrait y pourvoir. Quant à leur victoire d'hier, elle plaide pour le statu quo sur le vote en bloc d'une équipe de commissaires. Si les propos d'un autre âge tenus par l'Italien. Rocco Buttiglione ont mis le feu aux poudres, on n'ose imaginer le jeu de massacre sans fin auquel s'adonneraient les groupes politiques s'ils pouvaient sanctionner tel ou tel candidat... La seconde leçon, José Manuel Barroso est en train d'en mesurer l'ampleur. La rapidité et l'autorité avec lesquelles il avait su former son équipe lui avaient valu une réelle crédibilité. On croyait en avoir fini avec la grisaille de l'époque Santer et les déceptions de l'ère Prodi. Il lui faut aujourd'hui se reforger un capital de confiance mis à mal... par une fatale erreur de tactique. Sur un terrain vierge où il n'est pas seul maître à bord, loin de là. Car s'il a évité le pire, être balayé par un vote négatif du Parlement, il lui faudra une fois de plus tenir compte de sensibilités nationales exacerbées pour échaffauder l'équilibre d'une équipe remaniée. Un vrai noeud gordien, alors que les compétences de chacun devraient avoir la priorité. Pourquoi ne pas imaginer, comme le suggèrent certains, que chaque gouvernement présente au président de l'exécutif bruxellois plusieurs candidats possibles. Faiseur d'idées et accoucheur de consensus, la Commission est un élément trop important du dispositif européen pour être pris en otage par les jeux politiciens. Surtout lorsqu'il faut digérer le big-bang d'une Europe à vingt-cinq. Cette ultime leçon, sans doute la plus importante, il n'est pas sûr que les chefs d'Etat et de gouvernement soient prêts à l'entendre. L'atmosphère de crise sourde qui troublera la cérémonie solennelle de signature du projet de Constitution, demain à Rome, risque fort de le confirmer.
Publicado por esta às outubro 28, 2004 03:35 PM