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outubro 11, 2004
Les propos de M. Buttiglione sur les femmes et les homosexuels provoquent un tollé à gauche
[Fonte: Le Monde]
Les déclarations du futur commissaire à la justice, la liberté et la sécurité, l'Italien Rocco Buttiglione, mettent en émoi le Parlement européen, qui devra se prononcer, à la fin du mois, sur la nouvelle Commission. M. Buttiglione, catholique proche du Vatican, dont on connaissait les positions ultraconservatrices dans le domaine des mœurs et de la famille, a justifié les craintes des libéraux et de la gauche en condamnant l'homosexualité comme un péché et en définissant le rôle de la femme en des termes à faire hurler les féministes les plus modérées. "La famille existe, a-t-il dit, pour permettre à une femme d'avoir des enfants et d'être protégé par un homme qui prend soin d'elle." Certes, le futur commissaire, par ailleurs éminent professeur de philosophie politique, a assuré, citant Kant, que le droit devait être distingué de la morale et que ses opinions sur l'homosexualité n'auraient aucune influence sur sa politique. "On peut considérer beaucoup de choses comme immorales, a-t-il précisé, mais on ne peut pas pour autant les interdire." Quant à sa conception de la famille, elle relève, selon lui, de la philosophie, et non de la politique. SOUTIEN DU PPE. Ces précisions n'ont pas suffi à désarmer ses adversaires, qui envisagent de demander à José Manuel Barroso, le futur président de la Commission, d'attribuer un autre portefeuille à M. Buttiglione. Les critiques les plus virulentes sont venues du président du Parlement européen, le socialiste espagnol Josep Borrell. "Je ne voudrais pas, en tant que citoyen espagnol, avoir un ministre de la justice qui pense que l'homosexualité est un péché et que la femme doit rester au foyer pour faire des enfants sous la protection de son mari, a-t-il déclaré jeudi 7 octobre au micro d'Europe 1. Ce sont des propos choquants, c'est le moins qu'on puisse dire." Les socialistes, par la voix de l'Autrichien Hannes Swoboda et de la Française Martine Roure, ont exprimé "des doutes sérieux" sur la capacité de M. Buttiglione d'occuper le poste qui lui a été confié. "Il ne voit le rôle des femmes que dans le contexte du mariage et de la maternité", ont-ils noté avec réprobation. La coprésidente des Verts, l'Italienne Monica Frassoni, a jugé que le futur commissaire n'était "pas crédible". Autre élue des Verts, la Néerlandaise Kathalijne Buitenweg a lancé : "Comment pourrais-je avoir confiance en cet homme pour qu'il protège les homosexuels contre les discriminations ?" Mis en cause par la gauche, M. Buttiglione a obtenu le soutien de ses amis conservateurs du Parti populaire européen (PPE), majoritaire au Parlement. L'Allemande Ewa Klamt a affirmé que la Commission bénéficierait de la "grande expérience" de M. Buttiglione et que le poste de commissaire à la justice, la liberté et la sécurité serait "en de bonnes mains". Son compatriote Klaus-Heiner Lehne a déclaré que le futur commissaire avait laissé "une excellente impression". L'Italien Antonio Tajani a estimé que les déclarations de M. Borrell étaient "une insulte aux institutions parlementaires". Divisée, la commission des libertés civiles, chargée de donner un avis, n'a pas été capable de se mettre d'accord, en dépit des efforts de son président, le Français Jean-Louis Bourlanges. Pour sa part, M. Buttiglione a expliqué que ses propos avaient été mal interprétés. "Je ne veux pas que les femmes restent à la maison, a-t-il dit, mais elles sont surchargées et nous devons leur permettre d'être mères tout en poursuivant leur carrière."Il n'entend pas non plus attenter à la liberté des homosexuels. "On ne peut imposer aux autres notre conception du bien", a-t-il souligné, en précisant qu'on pouvait tenter de changer leurs opinions par le dialogue, mais non les obliger par la loi à agir différemment. M. Buttiglione s'est dit victime de discrimination, en tant que catholique et en tant que ministre de Silvio Berlusconi, de la part de ceux-là même qui se vantent de lutter contre les discriminations. Ces arguments n'ont pas semblé convaincre la gauche. Comme elle n'a pas à se prononcer sur chacun des 24 commissaires, mais sur l'ensemble du collège, elle devra donc décider si elle choisit de rejeter en bloc la Commission présidée par M. Barroso au cas où celui-ci refuserait de désavouer M. Buttiglione.
Publicado por jpdias às outubro 11, 2004 11:33 PM