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outubro 26, 2004

Le président des eurodéputés libéraux tente de sauver la Commission Barroso

Fonte Le Monde

Le vote du Parlement européen est attendu mercredi.
Strasbourg de notre bureau européen

"Comment Barroso a-t-il pu en arriver là ?", se désolait la droite européenne, lundi 25 octobre, après avoir fait et refait ses comptes. Deux jours avant le vote d'investiture de la nouvelle Commission au Parlement européen, prévu mercredi 27 octobre, l'issue du scrutin était plus qu'incertaine. La droite ne pouvait plus compter sur le soutien de la gauche, mais seulement sur celui d'une partie des libéraux et de certains souverainistes.

Les trois grands groupes du Parlement étaient pourtant prêts à s'entendre pour faire voter l'investiture du collège censé prendre ses fonctions le 1er novembre, sous la présidence du conservateur portugais José Manuel Durao Barroso. Le groupe du Parti populaire européen (PPE, droite) était ravi de compter dix commissaires issus de ses rangs. Celui des libéraux se réjouissait d'en avoir obtenu huit. Celui du Parti socialiste européen (PSE) estimait faire bonne figure avec sept représentants.

Ces trois groupes ont, dans un premier temps, ignoré les protestations de leurs bases, qui réclamaient le rejet de deux candidats - l'Italien conservateur Rocco Buttiglione, pressenti pour le poste de commissaire à la justice, à la liberté et à la sécurité, mais dont les propos sur l'homosexualité ("un péché") ont choqué, et du socialiste hongrois Laszlo Kovacs, pressenti pour le poste de commissaire à l'énergie, dont la compétence est contestée.

CONCESSIONS MINEURES

L'homophobie de M. Buttiglione a pourtant été vivement critiquée, que ce soit par le travailliste anglais Michael Cashman, président d'un intergroupe sur "les droits des gays et des lesbiennes", ou, chez les libéraux, par le radical italien Marco Pannella, ou l'Allemande Silvana Koch-Mehrin : elle a rappelé que le président du Parti libéral (FDP) allemand, Guido Westerwelle, a depuis longtemps révélé son homosexualité.

M. Buttiglione ayant aggravé son cas en tenant des propos machistes, un certain nombre de femmes sont également montées au créneau, comme la socialiste hongroise Zita Gurmai. Les socialistes français et italiens - qui n'ont pas de commissaire à protéger - ont alors fait valoir qu'"un marchandage "Buttiglione contre Kovacs" ruinerait la crédibilité du Parlement européen".

Martin Schulz, le président du PSE, et Graham Watson, celui des libéraux, n'ont pu alors que réclamer le changement de portefeuille de M. Buttiglione, contre l'avis du PPE. M. Barroso n'a fait que des concessions mineures et accumulé les maladresses, en se disant notamment "certain" du vote positif du Parlement. Tony Blair et Gerhard Schröder sont venus à sa rescousse, en priant les eurodéputés de sauver "leurs" commissaires. Un membre du cabinet de Peter Mandelson, commissaire (Labour) pressenti au commerce, est venu démarcher les travaillistes à Bruxelles, vendredi 22 octobre. "C'est paradoxal, puisque M. Mandelson s'est lui-même fait attaquer du fait qu'il est gay !", constate Michael Cashman. Le chancelier Schröder a convoqué les députés allemands à Berlin. Mais les troupes ont tenu tête, et la presque-totalité du groupe socialiste (200) devrait donc voter contre la Commission Barroso.

Elle devrait avoir le renfort des Verts (42), des communistes (41), mais aussi des souverainistes d'Indépendance et démocratie (37) et de certains non inscrits (7 Front national et 3 Vlaams Blok).

Dans le camp opposé, quelque 240 membres du PPE devraient voter pour l'investiture. Les 28 conservateurs britanniques pourraient toutefois s'abstenir, car ils sont partagés entre le désir de priver M. Mandelson de son poste et celui de respecter les décisions des gouvernements. Le PPE devrait avoir le renfort de l'Union pour l-Europe des nations (27) et, chez les non-inscrits, de Samoobrona (6), leur chef de file, Ryszard Czarnecki, rappelant que M. Buttiglione est "l'un des trois seuls commissaires qui parlent polonais".

Le vote du groupe des libéraux (88 membres) sera donc déterminant. Son président, Graham Watson, le supplie d'accorder l'investiture, au motif que "jamais plus" l'occasion ne se représentera d'avoir autant de commissaires : en Slovénie, le gouvernement a changé ; et aux Pays-Bas, Neelie Kroes, dont la candidature présente des risques de conflit d'intérêts, provient d'un gouvernement de coalition. Une grande majorité des libéraux (60 selon certaines évaluations) refuse de le suivre, au nom des libertés, mais aussi de la crédibilité du Parlement (chez les UDF, notamment). Le chef libéral du gouvernement belge, Guy Verhofstadt, qui avait été pressenti comme président de la Commission, avant que le Conseil européen ne lui préfère M. Barroso, a déclaré, dimanche, à propos de M. Buttiglione : "Un homme qui tient des propos aussi dénigrants ne conviendrait pas dans mon gouvernement."

Rafaële Rivais

Publicado por esta às outubro 26, 2004 06:32 PM