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outubro 22, 2004

Le pari risqué de Barroso

[Fonte:Liberation]
Le président de la Commission est convaincu que le Parlement européen courbera l'échine.

Par Jean QUATREMER
vendredi 22 octobre 2004 (Liberation - 06:00)
Bruxelles (UE) de notre correspondant


José Manuel Barroso ne manque pas de courage politique : en choisissant d'engager d'entrée de jeu un bras de fer avec le Parlement européen, il prend le risque de ne pas être investi le 27 octobre. Le président élu de la Commission tente manifestement de rétablir l'autorité d'un exécutif européen durablement entamée par la démission de la Commission Santer, en mars 1999, puis par la faiblesse politique de la Commission Prodi. Les deux prédécesseurs de Barroso ont transformé l'exécutif triomphant légué par Jacques Delors en une sorte de «secrétariat» du Parlement à force de courber l'échine devant des eurodéputés soucieux d'affirmer sans cesse davantage leurs pouvoirs.

Incertain. Mais le pari de Barroso est risqué. Le rapport de force politique est incertain. Sur 732 députés, seuls les groupes PPE-DE (conservateurs, 268 membres) et Europe des nations (droite, 27) le soutiennent sans réserve. Encore faut-il défalquer les 28 conservateurs britanniques du PPE-DE qui voteront contre lui par euroscepticisme. Les Verts (42), les communistes de la GUE (41) et les souverainistes d'Indépendance et démocratie (37) sont résolument opposés à cette Commission. La situation est plus fluide au sein du PSE (200 membres). Une partie des socialistes (notamment les partis de gouvernement britannique, espagnol, allemand et polonais) ont voté l'investiture de l'ex-Premier ministre (libéral) portugais, le 22 juillet. En outre, même si la Commission est massivement de droite, elle compte six commissaires sociaux-démocrates (sur 25).

Le terrain de l'affrontement choisi par Barroso, celui des valeurs religieuses, pourrait changer la donne. Si le chancelier allemand Gerhard Schröder a réaffirmé, il y a deux jours, son soutien à l'équipe Barroso, le SPD, par la voix de Martin Schulz, président du groupe PSE, a fait dissidence. Les travaillistes britanniques, peu soucieux de soutenir un «réactionnaire papiste», sont sur la même ligne. Le PSOE espagnol, qui va légaliser le mariage et l'adoption homosexuels, pourrait lui aussi faire défection. Au sein du groupe centriste «démocrate et libéral» (88 membres), la situation est similaire : il a voté unanimement en faveur de Barroso, mais plusieurs de ses composantes ont annoncé qu'elles ne voteraient pas l'investiture (UDF, FDP allemand et libéraux-démocrates britanniques). Au dernier pointage, entre 65 et 70 libéraux seraient passés à l'opposition.

Courte vue. L'affaire semble donc mal engagée. Mais, fin politique, Barroso fait le pari que ces eurodéputés, qui l'ont porté à la tête de la Commission en juillet, n'iront pas jusqu'à voter contre lui en octobre et que leur opposition se manifestera par une abstention massive. Sa Commission pourrait être élue par une simple majorité relative... Mais ce calcul est à courte vue. Même s'il réussit son passage en force, il débutera son mandat politiquement très affaibli, soutenu par une minorité au Parlement, et s'exposant à une guérilla parlementaire permanente...


Publicado por esta às outubro 22, 2004 01:05 PM