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outubro 22, 2004

La Commission défend l'homme du Vatican

[Fonte:Liberation]
En confirmant Rocco Buttiglione dans son équipe, malgré ses propos sexistes et homophobes, Barroso ouvre une crise avec le Parlement.

Par Jean QUATREMER

vendredi 22 octobre 2004 (Liberation - 06:00)

Bruxelles (UE) de notre correspondant




osé Manuel Barroso, président élu de la Commission européenne, a annoncé hier qu'il maintenait Rocco Buttiglione dans ses fonctions de commissaire chargé de la Justice et des Affaires intérieures. Et ce, en dépit des déclarations controversées de l'Italien à l'encontre des homosexuels et des femmes. En choisissant le passage en force, l'ex-Premier ministre du Portugal prend le risque d'un vote négatif du Parlement européen qui doit investir sa Commission le 27 octobre à Strasbourg. Il fait le pari, comme il l'a expliqué lors d'une conférence de presse, que les eurodéputés hésiteront à déclencher une crise institutionnelle. «Ils doivent reconnaître que les conséquences d'un vote négatif seraient plus négatives que n'importe quelle autre solution», a-t-il lancé, ajoutant : «S'il y a deux ou trois commissaires qui ne donnent pas satisfaction, est-il imaginable de faire tomber une Commission ? Bien sûr que non !»

Pas apte. L'affaire a éclaté le 6 octobre, lors de l'audition par le Parlement de l'ancien ministre des Affaires européennes de Silvio Berlusconi. Rocco Buttiglione, démocrate-chrétien, très proche du Vatican, a refusé de mettre un mouchoir sur ses convictions religieuses, au risque d'effaroucher un Parlement dont le point d'équilibre n'est pas précisément à Rome. Après avoir affirmé que «l'homosexualité est un péché» (même si «cela n'a aucune influence sur le droit», a-t-il précisé), il a déclaré que «la famille existe pour permettre à la femme de faire des enfants et d'être protégée par un mâle».

Prises de position gênantes de la part de l'homme qui devra appliquer une Constitution européenne qui fait de l'égalité entre homme et femme et de la lutte contre les discriminations ­ notamment à l'encontre des homosexuels ­ l'un de ses principes cardinaux. A une très courte majorité, la commission parlementaire Libertés civiles, justice et affaires intérieures, présidée par le Français Jean-Louis Bourlanges (UDF), a estimé que Buttiglione n'était pas apte, non seulement à occuper son poste mais même à siéger à la Commission. Du jamais vu dans l'histoire communautaire !

José Manuel Barroso a réaffirmé immédiatement sa «confiance» à Buttiglione. Comme aux six autres commissaires (sur 24) critiqués. En première ligne, la libérale néerlandaise Neelie Kroes, chargée de la Concurrence, qui a collaboré avec de nombreuses multinationales ; et le socialiste hongrois Laszlo Kovacs, qui n'a pas «convaincu, ni de sa compétence professionnelle dans le domaine de l'énergie (son portefeuille, ndlr) ni de son aptitude à assumer la haute charge pour laquelle il a été proposé». La libérale danoise Mariann Fischer Boel, chargée de l'Agriculture, la Lettone Ingrida Udre, qui se revendique verte, chargée de la Fiscalité et de l'Union douanière, et le conservateur grec Stavros Dimas, à l'Environnement, n'ont pas non plus convaincu les eurodéputés de leurs qualités.

Contrition. Au cours d'une réunion hier avec les présidents des groupes politiques du Parlement, Barroso a maintenu sa ligne : «On ne change rien.» Seul petit geste : il a annoncé qu'il coordonnerait un groupe de quatre commissaires chargé d'«assister» Buttiglione dans la lutte contre les discriminations. Il s'est prévalu d'une lettre de contrition de Buttiglione au président du Parlement dans laquelle il regrette d'avoir employé des mots «chargés émotionnellement» et s'engage, «en cas de conflit entre sa conscience et son devoir», à ne pas participer à la prise de décision. Pour Barroso, refuser la confiance à la Commission serait prendre le risque d'«une sorte de guerre de religion». Or, dit-il, «c'est bien la dernière chose dont l'Europe a besoin !»

Si le principal groupe politique du Parlement, le PPE-DE (conservateur), lui a immédiatement apporté son soutien, tout comme le petit groupe de l'Europe des nations (EDN, droite), les socialistes, par la voix de leur président, l'Allemand Martin Schulz, ont appelé à voter contre la Commission. «La situation demeure inacceptable», estime-t-il. Les communistes de la GUE, les souverainistes et les Verts sont sur la même longueur d'onde. Quant au groupe charnière des libéraux et démocrates, où siègent les amis de François Bayrou, il appelle Buttiglione à démissionner pour éviter la crise. Le vote d'investiture de la Commission Barroso reste plus que jamais incertain...


Publicado por esta às outubro 22, 2004 12:59 PM