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outubro 27, 2004
La Commission Barroso menacée d'implosion
[Fonte:Liberation]
Le nouvel exécutif risque de n'obtenir qu'une courte majorité à l'Europarlement.
La Commission Barroso menacée d'implosion
Par Jean QUATREMER
mercredi 27 octobre 2004 (Liberation - 06:00)
Strasbourg (UE) envoyé spécial
José Manuel Barroso a perdu. Même si le président élu de la Commission, qui doit succéder à Romano Prodi le 1er novembre, obtient, aujourd'hui à Strasbourg, la confiance des eurodéputés, ce ne sera sans doute que de quelques voix. Pis : cet éventuel succès tiendra surtout à l'abstention dans les rangs des socialistes et des libéraux (il suffit d'une majorité simple) et à la mobilisation de la droite et de l'extrême droite. «Le syndrome Barroso se traduira soit par une défaite historique, soit par une victoire à la Pyrrhus», a résumé Francis Wurtz, le président de la Gauche unie européenne (GUE, communiste), lors du débat consacré à la nouvelle Commission qui a eu lieu hier à Strasbourg.
La volonté de l'ancien Premier ministre portugais de maintenir le très controversé Rocco Buttiglione à son poste de commissaire chargé de la Justice et des Affaires intérieures, en dépit de ses propos jugés homophobes («L'homosexualité est un péché») et misogynes («La famille existe pour permettre à la femme de faire des enfants et d'être protégée par un mâle»), se révèle, d'ores et déjà, comme une faute politique majeure. En effet, pour la première fois dans l'histoire communautaire, l'investiture de la Commission ne sera pas une simple formalité, la gauche et la droite votant ensemble contre les eurosceptiques. Loin de chercher à calmer le jeu, Barroso n'a pas hésité à mettre le feu à l'hémicycle, hier, en refusant fermement de modifier la répartition des portefeuilles alors que l'ancien ministre des Affaires européennes de Silvio Berlusconi a fait l'objet d'un vote négatif de la commission parlementaire Libertés civiles, justice et affaires intérieures, à l'issue de son audition.
Discriminations. De même, il a balayé d'un revers de main les fortes réserves émises par les eurodéputés à l'encontre de cinq autres commissaires désignés (Concurrence, Agriculture, Fiscalité, Environnement, Energie). «Toutes mes informations me donnent l'impression qu'un changement de portefeuille (...) posera plus de problèmes qu'il n'en résoudra», sans plus d'explication. Pour tenter d'amadouer les eurodéputés, il a néanmoins proposé de lancer un «plan d'action» contre «toutes les discriminations», le racisme et l'antisémitisme, et de créer une Agence (européenne) des droits fondamentaux. Pour le président élu, voter contre sa Commission, c'est prendre le risque d'alimenter l'euroscepticisme : «Vous partagez avec moi la conscience des menaces populistes, de tous ceux qui veulent affaiblir l'Europe et qui cherchent toujours à mettre en cause la crédibilité de nos institutions. Nous ne devons pas leur donner de nouveaux arguments.»
Seuls les groupes du PPE-DE (démocrates-chrétiens et conservateurs), de l'Europe des nations (droite proeuropéenne) et les députés non inscrits d'extrême droite ont réaffirmé leur soutien à la Commission Barroso. En revanche, le PSE (socialiste), les Verts, la GUE et les souverainistes ont tous appelé à voter contre le nouvel exécutif européen, élargissant même la critique au président élu, coupable, selon le leader du groupe PSE, Martin Schulz, de ne pas avoir reconnu que «la guerre en Irak a été une erreur». «Vous ne prenez pas ce Parlement au sérieux», a clamé Johannes Swoboda (PSE, Autriche). Le chef de file des démocrates et libéraux de l'ADLE, le Britannique Graham Watson, favorable à titre personnel à la Commission, a dû reconnaître que la très grande majorité de son groupe était vent debout contre Barroso (50 contre 23 pour 5 abstentions). Daniel Cohn-Bendit, le président du groupe vert, a accusé certains chefs de gouvernement de faire pression sur les députés pour qu'ils votent en faveur de la Commission. «Nous en avons assez de l'autoritarisme des chefs d'orchestre», a-t-il lancé. Prenant conscience qu'il risquait de ne pas atteindre la majorité simple nécessaire, Barroso s'en est pris violemment aux contestataires, au milieu d'un chahut inhabituel dans cette enceinte : «Il est étrange que les populistes (souverainistes, ndlr) votent contre cette Commission aux côtés d'européens convaincus.»
Tractations. L'incertitude était totale, hier soir. En effet, les lignes de fracture sont multiples au sein du Parlement européen : politiques, bien sûr, mais aussi nationales, si bien que, dans chaque groupe, il y aura des votes pour, des votes contre et des abstentions... Hier soir, les tractations continuaient.
Publicado por esta às outubro 27, 2004 03:07 PM