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outubro 19, 2004
Des Européens comme nous
[Fonte:Liberation]
Livres. Arguments contre le turco-scepticisme.
Des Européens comme nous
Par Marc SEMO
mardi 19 octobre 2004
Lettres aux turco-sceptiques
sous la direction de Cengiz Aktar.
Actes Sud. 197 pp. 20 €.
La Turquie est-elle européenne ?
Jean-Paul Burdy. Ed. Turquoise. 255 pp. 19 €.
Place aux plaidoiries de la défense. Alors que le débat sur une future adhésion de la Turquie à l'Union européenne enflamme une opinion française massivement réticente, sinon hostile, beaucoup s'interrogent quant au caractère «européen» de ce pays musulman mais laïc, à la charnière entre deux mondes. Certes, nul ne peut nier la réalité du défi que posera à l'Union, comme à la Turquie elle-même, le processus d'intégration de ce pays de 70 millions d'habitants dont le revenu par tête atteint à peine 30 % de la moyenne de l'UE, et qui est limitrophe de zones de crise (Proche-Orient, Caucase). Il n'en reste pas moins que la Turquie, au-delà du «désir d'Europe» exprimé par plus de 80 % de sa population, en fait déjà partie depuis des lustres.
«La Turquie a participé à l'histoire européenne depuis le XIIIe siècle, pas seulement en tant qu'ennemie mais aussi en tant que partenaire. Elle a été constamment dans le jeu européen, pour le pire "l'homme malade de l'Europe" au XIXe siècle et l'allié de l'Allemagne dans la Première Guerre mondiale et pour le meilleur, grâce à sa sécularisation, sa démocratisation, de même que par sa volonté de s'approprier les valeurs européennes et de s'intégrer dans l'UE», souligne Edgar Morin dans sa «lettre aux turco-sceptiques». Si le livre de Jean-Paul Burdy a le mérite de présenter clairement les éléments du dossier, l'ouvrage animé par Cengiz Aktar, de l'université Galatasaray d'Istanbul, réunit des contributions plus passionnées d'intellectuels turcs de renom, bien décidés à rappeler quelques fondamentaux oubliés dans le vrai-faux débat français.
La sociologue Nilüfer Göle expose ainsi la spécificité d'un pays «engagé par le passé dans un processus d'occidentalisation sans être colonisé par les pays occidentaux». Un processus endogène et pleinement assumé qui a commencé avec les réformes ottomanes du XIXe siècle, et qui s'est accentué quand Mustafa Kemal imposa la laïcité à une société en grande partie hostile. La République kémaliste, d'abord autoritaire, est devenue pluripartite sous le contrôle de l'armée. Mais la greffe a pris. Une société civile de plus en plus consciente d'elle-même fait pression pour l'Europe et les réformes que le gouvernement issu du mouvement islamiste a mis en oeuvre ces dernières années. «La question est de savoir si la Turquie peut contenir et satisfaire les revendications islamiques dans le cadre d'une laïcité soutenue par les principes démocratiques et non garantie par l'armée», affirme la sociologue, soulignant l'extraordinaire laboratoire social et politique que représente la Turquie, «dont la candidature dérange car elle révèle les limites de l'universalisme européen en questionnant le projet européen sur ses ambitions véritables et sa capacité à faire face à l'altérité musulmane».
Publicado por esta às outubro 19, 2004 12:05 PM