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outubro 15, 2004
Au Parlement, les "grands groupes" s'entendent pour sauver "leurs" commissaires
[Fonte: Le Monde]
Le Parti populaire européen et les socialistes refusent de cautionner les jugements des commissions qui, après avoir auditionné les membres de l'équipe Barroso, en récusent deux.
A quoi servent les "grands oraux" du Parlement européen ? Quelque peu désabusés, nombre d'eurodéputés rencontrés dans les couloirs, mercredi 13 octobre, s'interrogeaient sur l'utilité des onze journées d'auditions organisées depuis le 27 septembre, afin de tester les compétences des candidats aux différents postes de commissaires du collège devant être présidé par José Manuel Durao Barroso, à partir du 1er novembre.
Malgré le tollé provoqué par les déclarations du très catholique Italien Rocco Buttiglione sur l'homosexualité, sa nomination, à laquelle s'est opposée la commission des libertés, a été défendue par M. Barroso sans susciter de rébellion. L'intéressé a cependant laissé entendre jeudi matin dans un entretien à la BBC qu'il ne s'accrocherait pas. "J'ignore si j'ai suffisamment de foi pour être décapité en raison de mes convictions, mais j'ai suffisamment de foi pour renoncer à un emploi à la Commission si cela est nécessaire", a-t-il dit.
Les résultats des auditions ont été examinés, mercredi, par les présidents des groupes, qui devaient convenir de l'attitude à prendre lorsqu'ils recevront M. Barroso, jeudi 21 octobre. "Une majorité d'entre eux ont jugé qu'il n'était pas opportun d'entamer un débat de fond", a indiqué le président du Parlement, Josep Borrell, à l'issue de leur réunion.
Le groupe du Parti populaire européen (PPE, droite), celui des socialistes européens et, selon plusieurs témoignages, celui des démocrates-libéraux, ont décidé de transmettre à M. Barroso, sans autre commentaire, le contenu des appréciations portées par les différentes commissions parlementaires. Ils ont ainsi montré qu'ils refusaient de cautionner ces jugements. Les Verts et les communistes ont protesté contre la "collusion des grands groupes" : neuf des 24 candidats aux postes de commissaires appartiennent à la famille du PPE, huit à celle des libéraux, et sept à celle des socialistes. "On se tient tous par la barbichette", résume le Français Alain Lamassoure (PPE).
S'ils avaient accepté le verdict des commissions, le PPE et le PSE (Parti socialiste européen) auraient perdu gros, puisque deux de leurs candidats ont été rejetés, comme l'a annoncé Joseph Daul (PPE), qui préside la conférence des présidents de commission, en précisant qu'il s'agit là d'"une première dans l'histoire du Parlement".
La commission des libertés, présidée par l'UDF Jean-Louis Bourlanges, a, le 11 octobre,récusé la candidature de Rocco Buttiglione, catholique proche du Vatican, pressenti pour le poste de commissaire en charge de la justice, de la liberté et de la sécurité.
"PACTE DE NON-AGRESSION"
Le lendemain, la commission de l'industrie, présidée par un conservateur anglais, a fait de même pour la candidature du socialiste hongrois Laszlo Kovacs au poste de commissaire à l'énergie, sur lequel elle réservait son avis, depuis le 30 septembre. Elle n'est convaincue ni par sa "compétence professionnelle" ni par son "aptitude à assumer la haute charge" à laquelle il aspire. Les commissions parlementaires ont, en outre, émis des réserves sur les candidatures de trois libérales, Neelie Kroes (concurrence), Mariann Fischer-Boel (agriculture) et Ingrida Udre (fiscalité).
En "signant un pacte de non-agression, les présidents de groupe ont montré qu'ils sont constructifs", explique Françoise Grossetête, vice-présidente du PPE : "Ils espèrent que M. Barroso va maintenir ces candidats dans leurs postes et que la nouvelle Commission pourra commencer à travailler dès le 1er novembre", indique-t-elle. A gauche, l'Allemand Jo Leinen exprime aussi le souci d'éviter une crise, "alors qu'il faudra ratifier la Constitution".
De tels "arrangements" sont toutefois contestés à l'intérieur des groupes, par les députés qui ont déjà protesté, en juillet, contre la manière dont le PPE et le PSE se sont partagé le perchoir. Harlem Désir, vice-président français du groupe PSE, affirme qu'"un marchandage "Buttiglione contre Kovacs" ruinerait la crédibilité du Parlement, qui a conquis le droit d'or- ganiser des auditions". Bernard Poignant, président de la délégation française, constate que, "avec Buttiglione, la commission Barroso sera non seulement libérale et conservatrice, mais aussi réactionnaire".
Des négociations avec la Turquie dès 2005?
Le premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, s'est prononcé, mercredi 13 octobre, pour l'ouverture "au premier semestre 2005" des négociations d'adhésion avec la Turquie. Son pays présidera alors l'Union européenne. "Je souhaite que les négociations soient lancées au premier semestre 2005. Nous sommes prêts mais nous sommes à la merci des grands crocodiles", a déclaré M. Juncker à l'Agence France-Presse au cours d'une manifestation organisée à Bruxelles par la Fondation Bertelsmann. Une position similaire a été défendue à Rome par le chancelier allemand Gerhard Schröder et le président du conseil italien, Silvio Berlusconi, lors d'une conférence de presse commune tenue à l'issue du sommet italo-allemand annuel. "Du point de vue allemand, nous sommes pour entamer sans retard" les négociations, a déclaré M. Schröder, approuvé par M. Berlusconi.
Publicado por jpdias às outubro 15, 2004 11:36 PM